
Robert Clémence – Le Moine noir : Paris au XVe siècle, un couvent, des souterrains, des spoliations, des passions, l’enlèvement d’une jeune fille, des amis, … Voici les ingrédients de ce livre d’aventure qui met aussi en scène la difficulté à se maîtriser, quel que soit l’âge et la propension et à prendre des décisions extrêmes sans réflexion suffisante.
Qui imaginerait que Clémence Robert fut « publiée à l’égal des plus grands feuilletonistes de son temps, Frédéric Soulié, Paul Féval, Alexandre Dumas ou encore Eugène Sue, dont elle se voulait la disciple. Certains de ses romans rencontrent un succès considérable : Les Mendiants de Paris connaissent quatorze rééditions dont la première comprend près de 50 000 ex. Quant aux Quatre sergents de La Rochelle, qui accompagnent la Révolution de 1848, il en connait douze, dont la plupart dans des collections populaires à vingt centimes » (Musnik) ?
Antoinette Henriette Clémence Robert (Mâcon 1797 – Paris 1872), fut passionnée de littérature dès son enfance. C’est dans la bibliothèque de son père qu’elle lut, en cachette, Montesquieu, Voltaire, Rousseau et développa ses convictions républicaines. Son déménagement, à Paris en 1827 alors qu’elle a trente ans, libéra réellement sa vocation d’écrivaine. Travaillant d’abord pour Achille de Jouffroy à une histoire de France, elle publie ensuite poésie et romans. Le succès arriva avec son deuxième roman, L’Abbé Olivier. Suivra plus d’une centaine d’autres. Lorsque vient 1848 : « Alors que la révolution soulève Paris, Clémence Robert, feuilletoniste à succès, décide avec l’aide d’Eugénie Giboyet, féministe à la plume décidée, de fonder un quotidien… » (Faerber). C’est « … de mars à mai 1848, le journal La Voix des femmes, où Clémence s’occupe particulièrement de questions sociales, salaires de misère ou nécessité pour les filles pauvres de se prostituer pour survivre. » (Musnik).
Après l’échec de la révolution, elle transposa ses idées dans ses écrits « construits autour de quelques personnages principaux et axés chacun sur une idée forte : justice, charité, amour, défense des humbles, luttes contre les tyrans. […]. Ses personnages, souvent représentatifs des courants de son époque, sont souvent des démunis pourvus de qualités exceptionnelles ou des courtisanes rachetées par l’amour. Elle dose savamment le mystère, multiplie les sociétés secrètes, accumule les coups de théâtre… » (Musnik). Dès 1860, ses romans, moins au goût du jour, perdent peu à peu leur attractivité. Elle finit par cesser d’écrire. Après son décès, ses écrits tombent dans l’oubli.
« Malgré les nombreux travaux […], nous ne disposons pas encore d’une tradition critique étoffée sur les feuilletonistes de sexe féminin de cette époque. Ces femmes demeurent trop souvent dans l’ombre des romanciers célèbres de la période. » (Gauthier)
Pour ce roman, posthume, on peut rappeler que l’autrice, depuis 1845, avait dû trouver refuge auprès de chanoinesses de Saint-Augustin pour une courte période et n’avait guère apprécié la règle.
« Si j’étais née pauvre, je me serais efforcée de gagner mon pain dans la littérature, et si le ciel m’eût fait naitre princesse, écrire aurait été mon seul bonheur. » « La littérature n’ayant qu’un mérite purement littéraire est un simple divertissement de l’esprit. […] Mais les écrivains qui ont le sentiment de l’avenir […] chargent la littérature de porter sa pierre à l’édifice social. »
[Sources : Musnik, Roger. Clémence Robert (1797- 1872), Paris : BNF Gallica (14 novembre 2018) ; Faerber, J. « 20 Mars 1848 Clémence Robert fait entendre la voix des femmes ». Ma dose quotidienne de littérature française : 365 notions de littérature (p. 84). Paris : Armand Colin (2022) https://shs.cairn.info/ma-dose-quotidienne-de-litterature-francaise–9782200633677-page-84?lang=fr. mise en ligne : 09.05.2023 ; Gauthier, Nicolas. La ville criminelle dans les grands cycles romanesques de 1840 à 1860 : stratégies narratives, et clichés. Littératures. Université de Grenoble, 2011. ⟨NNT : 2011GRENL024⟩ consulté sur https://theses.hal.science/tel-01127149v1/file/18843_GAUTHIER_2011_archivage.pdf ; article Clémence Robert de Wikipédia.] L’illustration de première page (maquette Isa) reproduit San Francesco d’Assisi medita sulla morte (1634) de Francisco de Zurbaran (Musée d’art de Milwaukee)
