
Colette – Douze dialogues de bêtes : Voici les dialogues de Toby-Chien un pitbull bringé, fidèle et dévoué à sa maîtresse, et de Kiki-la-doucette, un angora malin, indépendant et fier. Nous découvrons leur manière de ressentir et de réagir, leur vie quotidienne d’animal domestique, les repas, siestes, promenades, avec celle des « seigneurs de moindre importance », les « Deux pattes ». Voyages en train, orages, visites, dans lesquels Colette révèle sa connaissance des animaux et l’affection qu’elle leur porte. Non dénués d’humour au second degré, comme dans les interrogations des deux animaux pour comprendre le monde des humains, ces dialogues révèlent beaucoup de Colette dans les animaux et beaucoup d’existence sensible et « humaine » de l’autre part. « Le chat et le chien servent à Colette de masque pour faire entendre sa vérité, celle de sa relation au monde, et aussi la vérité des relations entre les êtres entre chien et chat, entre Lui et Elle… » (Chailloux.)
« Il a plu à Mme Colette Willy de ramener à deux charmants petits animaux tout l’arôme des jardins, toute la fraîcheur des prairies, toute la chaleur de la route départementale, tous les émois de l’homme… Tous les émois… […] On ressent, à se comparer à eux, tout ce qui vous en sépare et tout ce qui vous en rapproche. » (Francis James.)
Non qu’ils s’adorent : Kiki-la-doucette traite Toby-Chien de « saucisson larmoyeur» et celui-ci déclare : « Je n’ai jamais bien compris chez toi, cette vanité qui consiste à exagérer une cruauté très réelle… Tu me nommes le dernier des romantiques ne serais-tu pas le premier des sadiques ? » mais ils s’aiment comme ils aiment leurs deux pattes. Couples animaux ou humains, c’est bien leur relation qui est l’objet de ces dialogues.
« Je m’éveillais vaguement à un devoir envers moi-même, celui d’écrire autre chose que les Claudine. Et, goutte à goutte, j’exsudais les Dialogues de bêtes, où je me donnais le plaisir, non point vif, mais honorable, de ne pas parler de l’amour », écrivait Colette. Elle publie donc, peu à peu, quatre dialogues en 1904, qui seront cinq une année plus tard, huit en 1921 et 12 en 1930 (la version que nous publions), d’abord de diffusion restreinte puis, progressivement, un succès durable qui assit sa réputation de conteuse animalière. (Amis de Colette.)
Première étape de son émancipation estimera-t-elle plus tard dans Mes Apprentissages qui se poursuivra, en 1907, dans La Retraite sentimentale, le « dernier des Claudine » puis, quelques années plus tard lorsqu’ils se séparèrent, divorcèrent et enfin, dans les années 20, l’émancipation littéraire : la signature unique de Colette.
[Sources : Chailloux, E. (2025). Dialogues de bêtes. Théâtre Online com, Présentation de la pièce du même nom jouée au Théâtre Montparnasse par la metteuse en scène consultée le 15.06.2025 ; Page Dialogues de bêtes. In Site des Amis de Colette. consultée le 15.06.2025 ; Pucksimberg (2013). Les hommes vus par les animaux: Critiques libres, Dialogues de bêtes de Colette consulté le 15.06.2025) ; Boustani, C. (2014). Colette : des Douze dialogues de bêtes à La chatte. In F. Le Nan & I. Trivisani-Moreau (éds.), Bestiaires (1‑). Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.27963.
L’illustration de première page reprend (maquette Laura Barr-Wells), pour le chat : Chartreux de 12 ans, Sir Lancelot, 20 août 2004, Eudmian (English Wikipedia) pour le bouledogue, Bouledogue français, 21 août 2014, Ulfr (Wikipédia sous licence CC By-Sa 4.0) et, pour la fenêtre, Fenêtre en Engadine, Sylvie Savary.
