Hugo Victor – L’Art d’être grand-père

Hugo Victor – L’Art d’être grand-père : Ce recueil poétique est composé des derniers écrits de Victor Hugo. Publié en 1877, il est écrit alors qu’exilé il perd son épouse et un de ses fils et qu’il accueille sa fille et ses deux petits-enfants. C’est l’œuvre forte d’un homme meurtri par le deuil, d’un proscrit qui narre son admiration et sa tendresse pour ses petits-enfants, un homme qui, malgré son exil, n’a rien perdu de la force visionnaire qui le gouverna tout au long de sa vie..

Composée de dix-huit sections, de dix à douze poèmes pour certaines, enracinée dans ses œuvres précédentes, comme les Châtiments et les Contemplations, développant parfois la pensée de ses prédécesseurs, le vers de celle-ci les reprennent, leur répondent ou les poursuivent dans un véritable dialogue entre les textes. (Montanari.)

Enfance et vieillesse s’y opposent et s’y conjuguent tout au long de sections qui portent avec un brin d’humour des noms comme Grand âge et bas âge mêlés ou Les Fredaines du grand-père enfant, alors que le vieux combattant découvre ses petits-enfants et écoute, avec humour et affection, ce groupe «qui rit et qui s’assemble», comme il écrit : «Le babil des marmots est ma bibliothèque», et fond devant Jeanne. Il s’adresse à eux dans la dernière partie «que les petits liront quand ils seront grands».

Car malgré la vieillesse et la peine, le grand-père inscrit dans ses poèmes la poursuite de son idéal de justice sociale (Montanari) qui inclut d’ailleurs, comme le faisait remarquer Maria Vérone en 1933, une dimension féministe sensible par exemple dans L’Épopée du lion ou l’Immaculée Conception. Cet idéal, alors que passé et présent se fondent dans son œuvre, préfigure l’avenir (Robert Paul). Le progrès peine, l’injustice domine mais la justice, qui est aussi la pitié et le pardon, triomphera. Dans cet avenir, les petits devenus grands, reprendront l’élan inachevé.

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. […],
Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certe.
On vous y mettra. – Jeanne alors, dans son coin noir,
M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l’autorité des douces créatures :
Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.

(Sources : Montanari, Claire (s.d.). L’intertextualité dans L’Art d’être grand-père de Victor Hugo : de l’évocation du passé à la perspective de l’avenir : Maison Victor Hugo Paris, consulté le 30.06.2025 ; Paul, Robert (2014). L’art d’être grand-père ou la complicité des âges extrêmes dans leurs relation avec l’au-delà : Arts et Lettres Belgiques, consulté le 30.06.2025 ; Vérone, Maria (1932). Conférence sur le féminisme, enregistrement Gallica n°1.)
Image de couverture : anonyme (attribuée à Hugo, Valentine, Valentine Gross, dite) (été 1884) représente Victor Hugo à Ragatz, assis sur un banc aux côtés de ses petits-enfants : Jeanne à sa gauche Georges debout derrière, et à droite Alice Lockroy sa belle-fille: Maison de Victor Hugo – Hauteville House provenant de la collection Valentine Hugo.

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