Colette – La Fin de Chéri

Colette – La Fin de Chéri : Cette suite qui se déroule après la « Grande Guerre » explore le désenchantement de Fred Peloux, le jeune Chéri de Léa de Lonval. Démobilisé, il se sent étranger à l’évolution et au désordre du monde nouveau. Toujours amoureux de Léa, il rejette Edmée, une jeune fille effacée qu’il a épousée pour se plier aux attentes mondaines mais qui ne l’intéresse pas. Toutefois, rencontrant brièvement Léa, Chéri « ne reconnaît pas d’abord « la dame au poil gris » qu’il aperçoit de dos, à la « masse consistante, presque cubique. La métamorphose de Léa en vieille femme est complète, sa tenue « annonça [nt] l’abdication, la rétraction normales de la féminité, et une sorte de dignité sans sexe. » (Marie-Astrid Clair.) Face à la réalité de cette femme âgée, il réalise combien ont passé les années. Leur ancienne relation est bien morte.

« Ce court roman qui explore la perte, le temps qui passe est aussi celui de l’inadaptation d’un homme face aux bouleversements sociaux. L’« impuissance dans laquelle il se trouve détonne dans un milieu de femmes chez qui la guerre a développé le goût de l’indépendance. » (id.) Le destin de Chéri, incapable de trouver sa place dans ce monde en mutation et d’aimer sa femme, hanté par le passé et enfermé dans sa solitude, est scellé.

Une quinzaine d’années auparavant, Colette avait déjà esquissé un Chéri soldat dans un projet de pièce une quinzaine d’années plus tôt. La Fin de Chéri parut d’abord en feuilleton dans La Revue de Paris avant d’être éditée. Colette venait de rompre avec Bertrand de Jouvenel qui s’était marié en 1925. « Bertrand n’était pas Chéri. Il l’était devenu. Pour Colette [La Fin de Chéri] sera sa fin à lui, une fin symbolique. » (Claude Pichois et Alain Brunet.) Elle avait aussi, dans le même mouvement, divorcé d’avec Henri, le père. C’est donc pour elle la fin de sa collaboration avec Le Matin pour en établir de nouvelles avec le Figaro, puis au Quotidien, à L’Éclair. Elle a rencontré Maurice Goudeket qui n’a que trente-six ans. La problématique de l’âge et son acceptation s’impose Colette. Pour poursuivre ses « beaux cinquante ans » (Claude Benoit) malgré le vieillissement, vêtement, maquillage et autre artifice sont là pour en conjurer la crainte comme l’illustre « le miroir » protagoniste de ces récits. Et Colette malgré maladie et vieillesse, poursuivit une vie active, des voyages et sa carrière d’écrivaine. « Mais quand s’arrête-t-on d’écrire ? Quel est l’avertissement ? ». Car, pour elle, il y eut toujours un « à suivre » (Claude Benoit citant Le Fanal Bleu, les derniers mots).

[Sources : Chéri, in présentation des œuvres in https://www.amisdecolette.fr/lassociation/la-societe-des-amis-de-colette/ ; Clair, Marie-Astrid. Chéri et La Fin de Chéri. Le Blé en herbe, Paris : BNF Les essentiels, Articles (2025) ; Benoit, Claude. « L’art de « bien vieillir » chez deux grandes femmes de lettres : George Sand et Colette » in Vieillir dans la littérature, Gérontologie et société, 3 vol. 28 / n° 114, Paris : Fondation nationale de Gérontologie (2025) ; Pichois, Claude Brunet, Alain. « Biographie de Colette », in Pichois, Claude (éd.). Colette, Œuvres I, Paris : La Pléiade, Gallimard, (1984-1991) cités par Marie-Astrid Clair.]

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