
Colette – Nudité : Alors que les rafales de neige tombent sur Paris, les spectateurs, bien au chaud dans la salle du Bataclan, rient avec une connivence un peu canaille en admirant les danseuses dénudées. Ils désignent leurs élues comme les étoiles d’un feu d’artifice, appréciation que Colette ne partage pas, elle qui pense aux danseuses dans les courants d’air froids de la scène et des loges, analyse les évolutions des canons de beauté qu’elle a pu observer, se remémore avec tendresse son temps sur la scène, ses amies, les femmes qu’elle connut.
Elle narre l’histoire de la petite Bouboule qui se retrouva figurante au music-hall pour fuir sa mère qui la pressait de « faire la vie ». Elle songe aux jeunes danseuses qui rêvent d’une improbable carrière au cinéma ou d’un « beau » mariage, événement qui ne se produisit qu’une seule fois pour une danseuse, selon les souvenirs de Colette.
Elle détaille la beauté de l’une, la spécificité de l’autre, son humanité, oppose la beauté incontestable du corps des femmes et des humains nus qui doit être respectée à celle, inhumaine, des modèles des vitrines ou de Cynthia, la poupée de cire qu’un riche américain traitait comme son épouse, préfiguration d’un futur qui nous est aujourd’hui proche à l’ère des beautés « avatars » si parfaites, des IA conversationnelles et des robots de compagnie. Cette « imitation de la vie », qu’elle rejette, l’effraie, car « seul l’art assainit l’œuvre consacrée à la ressemblance. On cite peu de chefs-d’œuvre maléfiques ». Elle aborde enfin la nudité dans le couple et les aléas d’une éducation pudique.
Mais voici le salut des danseuses qui, lorsqu’elles seront rendues au quotidien, rentreront chez elle, l’ « Étoile » croisant peut-être son admirateur qui ne la reconnaitra pas.
Alternant spectacle, réminiscences et réflexions, Colette nous emmène, ici et ailleurs en même temps, dans une rêverie attentive et sagace qui fit la célébrité de ce texte.
L’image de première page reprend une photo de Colette vers 1902.
