
Braddon Mary Elizabeth – Joshua Haggard (tome 1) (traduction Marie Bougy-Létant) : Dans l’Angleterre victorienne, la fille d’un pasteur méthodiste rencontre un jeune noble de la région alors que le pasteur voit sa vie bouleversée par une liaison amoureuse avec une jeune femme de l’âge de sa fille, ce qui conduit à des thèmes tels que les secrets, la trahison et la psychologie sociale.
En effet, Braddon souhaite alors répondre, dans ce roman, à certaines critiques qualifiant ses écrits de sensationnalistes. Elle place alors le déroulement de l’histoire dans le banal quotidien d’un village côtier. Mais ce n’est pourtant pas une tragédie rurale, dans l’acceptation négative de ce terme, mais bien un mélodrame, autrement dit un drame de l’amour au sens classique, qui sort de sa plume. Les émotions des personnages et leur psychologie propre – jusqu’aux abus de pouvoir et aux échecs de Joshua, le patriarche – sont même décrites avec quelques références littéraires qui montrent le soin que Braddon apporte à se démarquer de cette étiquette. Et l’on y percevra aussi les premiers signes de son intérêt pour la psychologie physiologique et les théories de l’hérédité.
Née à Londres le 4 octobre 1835, Mary Elizabeth Braddon vit comme enfant les difficultés qui peuvent exister dans les familles lorsque, à 5 ans, son père et sa mère, Henry et Fanny, se séparent. Jeune femme, elle s’intéresse d’abord à l’interprétation théâtrale grâce à ses amies Clara et Adelaïde Biddle. Mais sa vraie vocation est l’écriture.
Elle a vingt-cinq ans, en 1850, lorsqu’elle rencontre John Maxwell, un éditeur et père de cinq enfants dont l’épouse était internée. Mary sera donc « belle-mère » au grand scandale de la société de l’époque. Ils ne se marieront que quatorze ans plus tard, au décès de celle-ci. Mary aura, avec lui, six enfants. La publication du Secret de Lady Audley en 1864, qui devient un best-seller, lance sa carrière. Nous avons parlé, dans d’autres présentations, du rôle novateur de ses romans mêlant parfois le surnaturel et le genre policier. Elle fonda également le magazine Belgravia et fut la rédactrice en chef de The Temple Bar. Elle décède en 1915. Si ses romans tombèrent quelque temps dans l’oubli, ils ont retrouvé le succès depuis une vingtaine d’années.
L’illustration de première page (maquette Laura Barr-Wells) reprend Holy Trinity Church, Exmouth de Coplestone Warre Bampfylde (1771) (University of Exeter, Fine Art Collection)
