Littérature française

Giraudoux Jean – Juliette au pays des hommes

Giraudoux Jean - Juliette au pays des hommes - Bibliothèque numérique romande - photo Greteck Panorama du SégalaGiraudoux Jean – Juliette au pays des hommes : Juliette doit épouser Gérard. Elle se découvre soudain fiancée à un homme provincial, prosaïque : « Alors qu’elle-même se sentait ce soir de nature interstellaire, elle trouvait à la parole de Gérard un timbre terrestre qui le situait aussi impitoyablement sur cette planète qu’un accent bordelais vous situe à Bordeaux. Juliette eut le sentiment qu’elle allait épouser, qu’elle aimait, l’homme le plus provincial de l’infini, […] elle avait à délivrer, elle ne savait où, la vraie Juliette qui viendrait redonner du goût à cette nuit et à cette nature. Il y avait à délivrer Juliette de tous ceux qui la tenaient, sans le savoir d’ailleurs, emprisonnée. Ou plutôt il lui fallait rassembler pour la nuit de noces toutes ces Juliettes données par elle à des passants, à des inconnus, à des jeunes gens dont quelquefois elle avait entendu seulement le nom, parties d’elle à ces heures de demi-clarté ou de demi-désir propices aux matérialisations. »
Elle part donc revisiter ces hommes survivants des rêves de son adolescence. Elle va trouver en eux des symboles, archétype de péché capital ou coquilles vides, du vaniteux à l’écrivain raté, du savant maniaque au violeur : « Vérificatrice de l’irréel, de l’inimaginable, du non-révolu, Juliette s’étonnait de retrouver les êtres qu’un de ses désirs d’enfant avait attirés un quart d’heure à l’existence emportés désormais par l’âge, soumis au contrôle des concierges, et marqués, pour qu’elle n’eût pas de doute sur leur qualité humaine, d’une dent d’or ou d’un coryza. » Seul, le narrateur-écrivain assure, le temps de lire à Juliette sa « Prière sur la Tour Eiffel », un rapport plus équilibré entre pulsions et raison.
Ce voyage initiatique « à la Jérôme Bardini » mais au féminin ne manque pas d’humour ni de digressions « à la Giraudoux ». Cette Juliette – dont le nom rappelle celle d’un certain marquis – fera, entre imaginaire et réalité, un apprentissage que vous lirez avec délices.

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Dumas Alexandre – Histoire de mes bêtes

Dumas Alexandre - Histoire de mes bêtes - Bibliothèque numérique romande - Photo Michel B. GizmoDumas Alexandre – Histoire de mes bêtes :

« J’avais, ou plutôt, j’eus successivement cinq chiens : Pritchard, Phanor, Turc, Caro et Tambo.
J’avais un vautour : Diogène.
J’avais trois singes…
J’avais un grand perroquet bleu et rouge appelé Buvat.
J’avais un perroquet vert et jaune appelé papa Everard.
J’avais un chat appelé Mysouff.
Un faisan doré appelé Lucullus.
Enfin, un coq appelé César,
Un coq de combat nommé Malbrouck.
Deux mouettes nommées monsieur et madame Denis.
Un héron nommé Charles-Quint.
Une chienne nommée Flore.
Un chien nommé autrefois Catinat et subséquemment Catilina.
Je déteste les bêtes, mais j’adore les animaux »,
écrit Alexandre Dumas… Et ces diverses histoires de ses bêtes lui sont l’occasion de parler de tout et de rien, sautant, osons-le, du coq à l’âne. Et d’abord de Pritchard un pointer écossais, le vrai héros de ce récit, qui a quelques tendances au vol et dont nous connaîtrons, à la fin, la clé de l’énigme et le destin. Mais Alexandre Dumas digresse : il évoque sa candidature de député, les révolutions de 1830 et de 1848, des recettes – de cuisine ou de fabrication d’un livre – et une foule de petites histoires de la vie quotidienne qu’il nous narre avec humour et ironie.

Ne vous attendez pas à un roman : c’est la vie de ses animaux, c’est sa vie au jour le jour que nous raconte Dumas. Nous entrons dans son cercle intime, et apprenons tout sur les visites dominicales de son fils, sur son domestique « nègre » qui rêve d’un autre destin, sur Michel, son serviteur et mentor en matière de mœurs animales. Un livre à déguster par petits morceaux, à abandonner et reprendre, des récits amusants, rocambolesques, ironiques ou tristes, tout l’art du conteur Alexandre Dumas.

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Jarry Alfred – Ubu Cocu

Jarry Alfred - Ubu Cocu - Bibliothèque numérique romandeJarry Alfred – Ubu Cocu (ou l’Archéoptéryx) : Ubu Cocu a été écrit en 1897-8. Deuxième pièce de Jarry ayant Ubu comme personnage principal, elle n’a pas été bien reçue par la critique et fut un peu oubliée, malgré d’évidentes qualités. Nous sommes heureux de vous la faire redécouvrir.

Inutile de tenter de résumer cette pièce, tant elle pulvérise les barrières des causalités et de la raison, au point que le cocufiage d’Ubu par l’Égyptien Memnon n’est même qu’à peine évoqué. Laissez-vous plutôt emporter par les mots (sauts périgiglyeux, respectacle, etc.), les répétitions de phrases (ô mais c’est qué, voyez-vous bien), les chansons, les dialogues absurdes à relents shakespeariens entre Ubu et ses personnages, entre Ubu et sa conscience.

Plus musicale que les autres grâce aux nombreuses chansons des Palotins, qui rythment les dialogues et font un peu office de chœur antique, cette œuvre vous ravira à condition d’oublier tout esprit cartésien pour devenir un peu pataphysicien…

Alfred Jarry (1873-1907), né à Laval dans une famille de la petite bourgeoisie, fréquente les lycées de cette ville puis de Saint-Brieuc. Un de ses professeurs incarne aux yeux de ses élèves « tout le grotesque qui est au monde ». L’enseignant devient le héros d’une littérature scolaire, dont un texte intitulé Les Polonais que Jarry, en classe de première, va mettre en forme de comédie et représenter sur un théâtre d’ombres puis au « Théâtre des Phynances », théâtre de marionnettes installé au domicile des Jarry.

Le premier succès arrive avec Les Minutes de sable mémorial (1894), César-Antéchrist (1895), dont la première partie est constituée des quatre premiers actes d’Ubu roi. Ubu Roi paraîtra en volume en 1896. La pièce est créée au Théâtre de l’Œuvre en décembre 1896 et fait scandale, donnant lieu à ce qu’on a appelé « la bataille d’Hernani du symbolisme ». Jarry poursuit son œuvre littéraire avec Les Jours et les nuits, roman d’un déserteur (1897), L’Amour en visite (1898), L’Amour absolu (1899), Messaline (1901), Le Surmâle (1902) et continue le cycle d’Ubu avec L’Almanach du Père Ubu illustré (1899), Ubu enchaîné (1900), Ubu sur la butte (1906). Difficultés financières et dégradation de sa santé l’empêchent de mener à bien ses derniers projets : La Dragonne, La Papesse Jeanne, La Chandelle verte. Plusieurs œuvres verront le jour à titre posthume dont Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien. (Sources de cette biographie : Wikipédia, Encyclopédie Larousse en ligne.)

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Voltaire – Zadig et autres contes

Voltaire - Zadog et autres Contes - Bibliothèque numérique romande - Mosquée Sheikh Lotfollah Shervin Le DuVoltaire – Zadig et autres contes : Zadig ou la destinée, Les Oreilles du Comte de Chesterfield et le Chapelain Goodman, Les deux Consolés, Aventure indienne : « Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution, écrivait Voltaire à D’Alembert le 5 avril 1765 ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre. » On ne saurait mieux décrire l’impact des Contes philosophiques, dont les meilleurs sont passés à la postérité sans prendre une ride.

Zadig ou la destinée se présente comme un conte oriental traduit du chaldéen et de l’arabe. Son traducteur fictif, un dénommé Sadi, le dédie à la sage et belle Sultane Sheraa, qui ne serait autre que Madame de Pompadour. Zadig, en effet, est un portrait pétillant et caustique de Versailles, que Voltaire connaissait bien puisqu’il y occupa, entre 1744 et 1747, les fonctions de gentilhomme de la chambre et d’historiographe du roi.

Son héros, un jeune Babylonien prospère et ingénu, réunit toutes les vertus philosophiques du siècle des Lumières. C’est « un esprit juste et modéré, un cœur sincère et noble », réputé pour sa sagacité et sa tolérance ; épicurien raffiné et galant, tout entier tourné vers la quête du bonheur, Zadig, comme Voltaire lui-même, aime philosopher et se divertir en lisant dans « ce grand livre que Dieu a mis sous nos yeux ». Mais son trop grand mérite fait naître des jalousies qui l’exposent aux caprices du destin. Nommé premier ministre, puis disgracié et chassé de Babylone, Zadig, comme tous les héros de conte, est entraîné dans un voyage initiatique qui le conduira des bords de l’Euphrate jusqu’en Égypte ; réduit en esclavage, puis affranchi par son maître, il traversera l’Arabie et la Syrie avant de retourner à son point de départ.

Confronté à mille obstacles qui mettent sa raison et son optimisme à rude épreuve, Zadig découvre qu’il n’est pas facile d’être heureux : « Qu’est-ce donc que la vie humaine ? Ô vertu ; à quoi m’avez-vous servi ? […] Tout ce que j’ai fait de bien a toujours été pour moi une source de malédictions […] Si j’eusse été méchant comme tant d’autres, je serais heureux comme eux. » Ces lamentations, qui se répètent comiquement tout au long du récit, sont le biais par lequel Voltaire, fidèle à ses préoccupations théologiques, pose le problème du mal et de la Providence. La réponse à cette révolte ne surgira qu’in extremis, avec l’apparition d’un ange-ermite qui, tel un deus ex machina, révèle à Zadig « qu’il n’y a point de mal dont il ne naisse un bien ». S’inclinant à contrecœur devant les voies impénétrables de la divinité, le héros finira par triompher de l’adversité et épousera Astarté, reine de Babylone.

Or ce dénouement de conte de fées, qui date de l’édition de 1748, est aussi peu convaincant que les révélations de l’ange, qui balaie un peu trop prestement les objections que Zadig oppose à son prêche sur la Providence. Voltaire en était conscient puisqu’il ajouta, autour de 1752, deux chapitres et surtout un post-scriptum humoristique dans lequel le traducteur fictif, reprenant la plume, nous apprend que, loin de savourer son bonheur, Zadig a essuyé d’autres mésaventures, tout aussi arbitraires que les précédentes. La Providence semble décidément bien indifférente au sort de l’homme…

Cette ultime et comique boutade, qui contredit la version de 1748, est la preuve, s’il en faut, que le Voltaire des Contes philosophiques ne se contente pas de suivre le modèle hérité des Mille et une nuits ; grâce à sa verve et son ironie caustique, il subvertit un genre qu’il considérait comme une pure bagatelle et le transforme en une arme redoutable contre l’obscurantisme et la barbarie. C’est ce qui donne à Zadig et aux trois contes qui suivent toute leur vibrante actualité.

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Voltaire – L’Ingénu

L'INgénu - Voltaire - Bibliothèque numérique romande - Un chasseur huron-wendat appelant l'orignal Cornelius Krieghoff Voltaire – L’Ingénu : Comment peut-on être Huron ? L’Ingénu, élevé dans ces tribus « sauvages », se révèle être le fils perdu d’un capitaine bas Breton : arrivé en France, il doit donc s’intégrer. Mais il reste un « huron », habitué à la loi naturelle et profondément étonné par la société de l’époque de Louis XIV et par l’hypocrisie de ses conventions. Celle-ci persuadée que, sans la tour de Babel, tout le monde parlerait français, ne comprend pas qu’on puisse préférer le langage huron.

L’Ingénu, qu’on « doit » baptiser, ne comprend pas pourquoi les coutumes religieuses diffèrent tant de l’évangile qu’on lui fait lire. Il se heurte aux doctrines religieuses, le jansénisme, le protestantisme et à la puissance des jésuites et de leur casuistique. Amoureux, il découvre combien il est impossible alors de se marier par simple accord entre deux adultes. Enfin, monté à Paris, il ne comprendra rien aux rouages et subtilités de l’administration versaillaise : il finira fort mal. Ce sera finalement son amoureuse, Mlle Saint-Yves qui se sacrifiera pour le sauver…

Au fil du roman, ce « naïf » étanche sa soif de connaissances nouvelles et, grâce à son ami Gordon, découvre la culture occidentale, non sans que Voltaire nous en fasse parcourir, avec son humour habituel, les contradictions, les ridicules et les dangers. Drame sentimental, l’Ingénu repose à nouveau la question du malheur : est-il bon à quelque chose, comme l’affirme Gordon ou, « comme bien des gens dans le monde ont pu dire : Malheur n’est bon à rien ! »

L’Ingénu fut adapté à l’opéra, au théâtre, au cinéma et à la télévision.

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Voltaire – Traité sur la Tolérance

Traité sur la Tolérance - Voltaire Bibliothèque numérique romande - Laura Barr-Wells Bras de mer près de MaguelonneVoltaire – Traité sur la Tolérance, Conversation de Lucien, Érasme et Rabelais aux Champs-Élysées, De l’horrible danger de la lecture : « Ce petit globe, qui n’est qu’un point, roule dans l’espace, ainsi que tant d’autres globes ; nous sommes perdus dans cette immensité. […] Un de ces êtres imperceptibles dit à quelques-uns de ses voisins, dans l’Arabie, ou dans la Cafrerie : « Écoutez-moi ; car le Dieu de tous ces mondes m’a éclairé : il y a neuf cent millions de petites fourmis comme nous sur la terre ; mais il n’y a que ma fourmilière qui soit chère à Dieu, toutes les autres lui sont en horreur de toute éternité ; elle sera seule heureuse, et toutes les autres seront éternellement infortunées. » […] J’oserais dire, par exemple, à un dominicain inquisiteur pour la foi : « Mon frère, vous savez que chaque province d’Italie a son jargon, et qu’on ne parle point à Venise et à Bergame comme à Florence. L’Académie de la Crusca a fixé la langue […] mais, croyez-vous que le consul de l’Académie, et en son absence Buon Matei, auraient pu en conscience faire couper la langue à tous les Vénitiens et à tous les Bergamasques qui auraient persisté dans leur patois ? » L’inquisiteur me répond : « Il y a bien de la différence, il s’agit ici du salut de votre âme ; c’est pour votre bien que le directoire de l’Inquisition ordonne qu’on vous saisisse sur la déposition d’une seule personne, fût-elle infâme et reprise de justice ; que vous n’ayez point d’avocat pour vous défendre, que le nom de votre accusateur ne vous soit pas seulement connu ; que l’inquisiteur vous promette grâce, et ensuite vous condamne ; qu’il vous applique cinq tortures différentes, et qu’ensuite vous soyez ou fouetté, ou mis aux galères, ou brûlé en cérémonie : […] cette pieuse pratique ne peut souffrir de contradiction. » […]

Il y a dans l’Europe quarante millions d’habitants qui ne sont pas de l’Église de Rome : dirons-nous à chacun d’eux, « Monsieur, attendu que vous êtes infailliblement damné, je ne veux ni manger, ni contracter, ni converser avec vous ? »

Un traité rafraîchissant, écrit sur le coup d’une indignation (l’exécution sur la roue d’un protestant de Toulouse) dans lequel Voltaire fait le tour des diverses manifestations de Tolérance et d’Intolérance ou du Fanatisme dans le christianisme, chez les Romains de l’Antiquité et chez le Juifs. Parfois un peu daté dans quelques jugements à l’emporte-pièce portés sur des peuples de l’antiquité mais un plaidoyer incisif contre le fanatisme religieux car une « religion forcée n’est plus religion » et « ne produit que des hypocrites ou des rebelles. »

« Ne devons-nous pas, conclut-il, regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi ! mon frère le Turc ? Mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ? Oui, sans doute ; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ? […] La nature dit à tous les hommes : Je vous ai tous fait naître faibles et ignorants, pour végéter quelques minutes sur la terre et pour l’engraisser de vos cadavres. Puisque vous êtes faibles, secourez-vous ; puisque vous êtes ignorants, éclairez-vous et supportez-vous. Quand vous seriez tous du même avis, ce qui certainement n’arrivera jamais, quand il n’y aurait qu’un seul homme d’un avis contraire, vous devriez lui pardonner ; car c’est moi qui le fais penser comme il pense. »

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Gautier Théophile – … En Suisse

... En Suisse - Théophile Gautier - Bibliothèque numérique romande - photo Anne Van de Perre paysage des préalpesGautier Théophile – … En Suisse (extraits des Vacances du Lundi, Loin de Paris et Voyage en Italie) : De Genève au Simplon, en passant par le Léman et Zermatt, de Berne à Neuchâtel et à nouveau de Genève à Chamonix en passant par la Savoie, Théophile Gautier parcourt la Suisse et la Savoie en famille, en tant que feuilletoniste pour le « Moniteur universel ».

Grand voyageur, érudit, il apprécie énormément la Suisse (la Genève calviniste n’a peut-être pas toutes ses faveurs…) et décrit les paysages visités avec une justesse de ton admirable. Il fait souvent référence à la photographie, à la peinture, à la mythologie, à la musique, ou à d’autres lieux qu’il a déjà visités dans le monde. Amateur de peinture dans son approche du paysage, de ses couleurs, de ses changements de ton, fin observateur de cette nature qui l’enchante, il écrit à propos des nuages que personne ne remarque à Paris : « ici c’est tout le contraire : on les voit poindre, se former, s’assembler par flocons sur les flancs ou sur les cimes des montagnes ; ils se groupent en bancs, en archipels, marchent en rampant sur les pentes comme de longs phoques blanchâtres qui s’efforcent de s’accrocher à un rivage. » Son style est celui d’un grand écrivain doublé d’un coloriste. « Un petit bateau à vapeur, son panache de fumée rabattu par le vent, pataugeait dans la bande éclairée comme une fourmi tombée sur du mercure. »

Il sillonne le pays à pied, à dos de mulet, en calèche, en bateau à vapeur et en chemin de fer, à la fois admiratif et sceptique devant ce qu’on appelle alors le railway : «  une invention admirable qui sera dans l’avenir l’honneur éternel de notre siècle. Faire courir une locomotive à travers ce chaos de rochers et d’abîmes est une entreprise de Titans ! La route carrossable elle-même ne les franchit qu’à force de pentes, de montées, de zigzags, et encore, à un endroit, est-elle obligée de forer la roche et de passer sous une arcade. Que diront les aigles et les chamois quand ils verront filer un convoi, aigrette de vapeur au front, dans leurs solitudes prétendues inaccessibles ? »

Gautier raconte avec verve et un humour parfois railleur ses différentes rencontres. Il passe plus rapidement dans les villes (Genève, Neuchâtel, Berne), mais s’arrête à Vevey où il décrit la Fête des Vignerons (de 1865). La Suisse du 19ème siècle à découvrir avec les yeux d’un auteur classique ouvert au monde, à la nature et très perspicace.

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Voltaire – La Princesse de Babylone et autres Contes

La Princesse de Babylone - Voltaire - Bibliothèque numérique romande - Statuette de femme nue, peut-être la Grande Déesse babylonienneVoltaire – La Princesse de Babylone et autres Contes : Memnon ou la Sagesse humaine ; Le Monde comme il va, Visions de Babouc :

Formosante un Candide au féminin ? Princesse de Babylone, elle est amoureuse du bel Amazan, un berger des « Gangarides », pays idéal où règne justice et égalité, qui chevauche des licornes et se présente accompagné du phœnix. Elle parcourt le monde à sa recherche, de la Chine à la Russie, de la Suède à la Hollande, puis d’Angleterre à Rome et enfin de Paris à l’Espagne. Amazan et elle y rencontrent des gouvernements éclairés, des tyrans, une monarchie constitutionnelle et même le « Vieux des sept Montagnes » de Rome et l’Inquisition qui décide de brûler Formosante.

Contrairement à Candide, ces voyages n’interrogent pas la destinée et la fatalité mais les mœurs, les régimes politiques et la religion. L’humour et les sarcasmes voltairiens n’y manquent pas leurs buts et l’on rit des « trois génuflexions » et du « baiser des pieds » du pontife, rites nécessaires à une audience, ou des inquisiteurs qui « apprenant que la dame avait une prodigieuse quantité de diamants, la jugèrent incontinent sorcière. » Mais c’est aussi une vraie histoire d’amour, pleine de fraîcheur entre deux amants que des quiproquos et des faux pas séparent et réunissent à tour de rôle.

Suivi de deux nouvelles : Memnon ou la Sagesse humaine : Memnon, s’il décide de suivre la voie de la sagesse, n’est-il pas en train de faire une sottise ? Et Le Monde Comme il va, visions de Babouc dans laquelle Babouc est chargé d’une grave décision : Persépolis doit-elle être détruite pour sa perversité ou mérite-t-elle une seconde chance ?

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Gauguin Paul – Noa Noa

Noa Noa - Paul Gauguin - Bibliothèque numérique romande - Paul Gauguin Les Cochons noirsGauguin Paul – Noa Noa : Noa Noa, veut dire odorant, parfumé, en tahitien… Noa Noa c’est le carnet de bord intime de Paul Gauguin et un essai de cosmogonie tahitienne.

Après être parti de Paris, ruiné, Gauguin passe deux ans à Tahiti, années heureuses et propices à un renouveau de sa peinture. Déçu de Papete où il trouve un monde similaire à celui qu’il vient de quitter en Europe, il décide donc de partir vivre dans la brousse pour essayer de trouver la Tahiti d’autrefois. Gauguin trouve là le temps de se consacrer à l’écriture et à la peinture. Sa solitude lui permet de tisser des contacts avec les « sauvages », comme les appellent les Parisiens, de maîtriser mieux leur langue et de s’unir ensuite avec une toute jeune fille des îles.

Aidé par cette jeune Teura, il tente d’expliquer aux Européens la cosmogonie maorie, les rites religieux, dont le cannibalisme et les sacrifices humains, les cérémonies pour la nomination du roi, le mariage traditionnel, mêlés au culte chrétien inspiré par les missionnaires en place.

Cet essai permet de mieux comprendre l’œuvre de Gauguin, son approche des couleurs, des paysages et des femmes maories. C’est le récit d’une renaissance de l’homme civilisé dépravé, en « sauvage » maori.

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Jarry Alfred – Ubu enchaîné

Ubu enchaîné - Alfred Jarry - Bibliothèque numérique romande - dessin Alfred JarryJarry Alfred – Ubu enchaîné : Après la gloire et les avanies d’un règne en Pologne, Père Ubu et Mère Ubu sont de retour. Mais Père Ubu n’a plus son cheval à Phynances et n’ose plus énoncer son fameux mot… Que faire, cornegidouille ? Ubu est guéri de la royauté. Pourquoi alors ne pas devenir esclave, trouver bonheur et confort assurés dans la soumission ? Une soumission toute relative, d’ailleurs, car les serviteurs ont des droits et les maîtres n’ont qu’à bien se tenir ! Ou mieux encore, la prison et les galères ! On y est nourri – car il faut à Ubu ses 12 repas par jour, chandelle verte ! – logé et tranquille. Et, pour les boulets aux pieds, Mère Ubu leur tricote des chaussons… Sa servitude épanouie fait des émules au point qu’il faut détruire les quartiers environnants pour agrandir la prison. Car la liberté, quelle galère ! Les « Hommes libres » font, chaque matin, l’exercice de leur désobéissance sous les ordres du Caporal Pissedoux.

Ubu, dans sa soumission grotesque, triomphante et tyrannique – le pendant de sa royauté précédente – nous interroge sur la réalité de notre liberté dans une société industrielle dont l’hypocrisie est au cœur des rapports sociaux et où le pouvoir avance souvent masqué, mais non moins tyrannique.

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