Giraudoux Jean

Giraudoux Jean – Bella

Bella - Jean Giraudoux - Bibliothèque numérique romande - Mosaïque portrait de femmeGiraudoux Jean – Bella : Les Capulet et les Montaigu… pardon, les Rebendart et les Dubardeau sont deux grandes familles ennemies qui représentent deux courants politiques opposés. Bella, fille de l’aristocratique Fontranges, est aussi la veuve du fils de Rebendart qui poursuit de sa vengeance le père de Philippe Dubardeau, son amoureux. Prise dans cette implacable intimité, elle mourra de ne pouvoir les réconcilier : « Bella s’interroge sur l’harmonisation des contraires : les intérêts de la France et ceux d’une Europe nouvelle, le masculin et le féminin, la poésie et la loi. Grâce à Bella, le narrateur ne ressent plus en lui division ou brouille. »*

Les modèles ne sont pas loin : Philippe Berthelot, secrétaire général aux Affaires étrangères et chef de Jean Giraudoux (sa disgrâce se répercutera sur la carrière de Giraudoux) et Raymond Poincaré. Giraudoux ne cache pas sa sympathie pour les uns et son antipathie pour les autres. Au jeune héros, Phillipe Dubardeau, revenant du front, qui s’écrie : « Il ment », lors du discours aux morts de Rebendart correspond la dénonciation par Giraudoux du nationalisme de Poincaré. Bella, dans cette lecture si transparente, fit scandale et renforça la notoriété de Jean Giraudoux. C’est, avec Siegfried et le Limousin et Églantine, l’œuvre où le politique s’impose sans doute le plus directement chez Jean Giraudoux. Il appartient aussi au cycle des Fontranges avec Églantine et Aventures de Jérôme Bardini. *Gerald Prince, Guide du roman de langue française (1901 – 1950).

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Giraudoux Jean – Siegfried et le Limousin

Siegfried et le Limousin - Jean Giraudoux - Bibliothèque numérique romande Giraudoux Jean – Siegfried et le Limousin : Un français peut-il être allemand ? Et un allemand, français ? Mais Siegfried von Kleist est bien Jacques Forestier et Forestier est bien Siegfried ! Recueilli amnésique après une bataille il est pris pour un soldat allemand et rééduqué comme tel. Mais si la couleur de son caleçon a changé qu’en est-il de l’homme ?  L’écrivain devenu juriste se « plagie » tant qu’en janvier 1922, un ami de Forestier s’interroge et part à Berlin. Avec l’aide du baron Zelten, il reconnaît Forestier en Siegfried  et fait tout pour lui faire retrouver la mémoire. Mais que reste-t-il de cette Allemagne qu’avait connue cet ami avant la guerre quand il était un jeune boursier ? La revanche est-elle devenue la seule motivation de ses ex-amis allemands ?

« Cette idée [d’une substitution] était si dramatique que, comme tous les grands drames, elle a été réalisée depuis par le sort. Je tiens en ce qui concerne ce sujet, à bien affirmer mon droit de priorité vis-à-vis de la Providence […] J’avais à parler de l’Allemagne, et le mégaphone lui-même n’est pas assez sonore dans ce cas ». Giraudoux cherche en effet, à démontrer à travers Siegfried, dans une période où beaucoup songent à la revanche, l’absence de raison déterminante aux haines et aux guerres entre la France et l’Allemagne , comme entre tout autre pays.

Ce roman au style imagé est plein de digressions, d’associations et de références, parfois ironique, improbable, surréaliste mais aussi profond. Couronné du prix Balzac, ce roman fit le succès de Jean Giraudoux. Adapté pour le théâtre, Siegfried, fut créé en 1928 avec Louis Jouvet. Aujourd’hui la pièce a supplanté le roman un peu tombé dans l’oubli.

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Giraudoux Jean – Elpénor

Elpénor - Jean Giraudoux - Bibliothèque numérique romandeGiraudoux Jean – Elpénor : « C’est alors que mourut le matelot Elpénor. Seule occasion que j’aurai de prononcer son nom, car il ne se distingua jamais, ni par sa valeur, ni par sa prudence. »*  Car, ô Elpénor, favorisé de Zeus, alors que contrefait, cagneux, bancal, de l’entrepont tu sors, titubant dans les fumées de l’herbe des Lotophages, tu n’es certes pas le premier à comprendre les subtiles ruses d’Ulysse. Lâche, hypocrite, après 18 ans, à l’eau encore tu sautes, lorsqu’aux rameurs Périmède commande de nager. Pourtant, par ta langue, si tu en avais deux, ce héro s’avouerait vaincu. Et à l’origine des malheurs de tes compagnons git toujours une de tes maladresses.

Tes deux coupes de divinité ne t’empêchent pas, embrumé de sommeil, de te jeter du haut de la citadelle de Circé. (Les fils d’Esculape, aujourd’hui de ton malheur ont fait un syndrome.) Alors aux enfers, ton ombre, toujours fidèle, vient compliquer encore la mission de cet Ulysse qui fut ton chef. Aux vœux de Circé comme à l’imprudente oraison funèbre du fils de Laërte, de Zeus tu reçois, d’une nouvelle vie, le présent. Mais n’est-ce pas pour encombrer Ulysse d’avantage et, dans l’Odyssée, le remplacer ? Et mourir encore et encore ?

Dans ces quatre textes rédigés successivement en 1908, 1912, 1919 et 1924, Elpénor, le « Charlot de l’Odyssée », va peu à peu prendre toute la place et faire glisser l’épopée vers le burlesque. Canular alors ? Oui par la distance ironique de Giraudoux face au langage savant, la versification grecque et le « gorillage » du langage épique. Mais cet antihéros, « nous conduit à nous interroger sur la validité et la légitimité des légendes épiques […]. Elpénor affirmant avec une grande force de conviction la liberté humaine malgré le sadisme des dieux, nous sortons du canular pour entrevoir une autre dimension à cette œuvre méconnue. »**  (* Homère : Odyssée, Chant X. **Tichit, Michel, L’Odyssée : lecture et intertextualité, Site Présence de la littérature – Dossier Homère, 2009) (voir aussi le site des amis de Jean Giraudoux )

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