Theodor Mügge – Afraja

Theodor Mügge – Afraja : En toile de fond nous est conté le récit de la spoliation des terres ancestrales des Lapons nomades, chassés par des colons qui les jugent paresseux, car ils ne les cultivent pas, et les méprisent pour leur apparence. Un jeune officier noble désargenté, à qui le roi du Danemark a octroyé une concession dans le nord de la Norvège conquise, devient la proie d’un marchand avide, allié à un juriste non moins cupide, qui profite de son inexpérience. Se greffent des histoires sentimentales, le négociant spéculateur et le chef lapon, Afraja, ayant chacun une fille unique.

Le livre est aussi prétexte à nous montrer les dessous de l’enrichissement personnel, toujours au détriment d’autrui, ou encore de faire un parallèle entre l’état des individus vivants dans les grandes agglomérations, avec la violence des sujétions et des contraintes sociales, et la condition égalitaire de la vie communautaire en petits groupes vivants dans la nature au rythme de leurs troupeaux et des saisons.

Né en 1802, Theodor Mügge fut un écrivain dont l’écriture et la vie furent marquées par ses luttes pour la justice et l’égalité. Après une fugue à 10 ans, il fréquente, peu, le lycée, effectue un apprentissage commercial puis devient cadet artilleur. Juste avant l’examen qui l’aurait fait officier, il part pour l’Amérique latine souhaitant participer aux luttes contre la colonisation espagnole. Mais, arrivé à Londres, il apprend la victoire de Bolivar. De retour à Berlin, il étudie la philosophie, l’histoire et les sciences naturelles et obtient un doctorat à Iéna. Ayant déjà publié plusieurs écrits « subversifs », l’administration lui est d’avance fermée. Proche d’écrivains du mouvement de la jeune Allemagne, il s’oriente alors vers le journalisme, écrit en indépendant, mais reste en butte à la censure prussienne.

Il voyage, en Suisse et dans les pays scandinaves, écrit des romans d’aventures qui contiennent, en plus, des descriptions précises de l’histoire économique et sociale ainsi que de la nature des pays qu’il visite. Y figurent, le plus fréquemment, des thématiques de libération nationale et ethnique, que l’on retrouve dans des romans comme Toussaint (1840) et Afraja (1845) qui furent traduits en plusieurs langues. Les pays du nord et la Norvège sont également son cadre de prédilection avec Skizzen aus dem Norden (1844), Leben and Lieben in Norwegen et Nordisches Bilderbuch (tous deux de 1858). Il décède à Berlin, sa ville natale en 1861.

[Sources de cette biographie : Jäger, Hans-Wolf, « Mügge, Theodor » in Neue Deutsche Biographie 18 (1997), p. 268 f., https://www.deutsche-biographie.de/pnd119044765.html#ndbcontent ; « Théodor Mügge », Wikipédia anglais.]
L’illustration de première page (maquette Isa) reproduit : Reindeer herd in the mountains north of Roros , huile sur toile, s.d., de Carl Henrik Bøgh (Wikimédia Common)

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