Wharton Edith – Leurs Enfants

Wharton Edith – Leurs Enfants (The Children) :Alors qu’il prend ses quartiers à bord d’un paquebot qui l’emmène d’Alger à Venise, Martin Boyne, un ingénieur américain de 40 ans, est interrompu par l’arrivée intempestive d’une bande de sept enfants — « les Wheater », dont le plus jeune, Chip, est encore un bébé et l’aînée, Judith, a autour de seize ou dix-sept ans. Leur groupe comprend également les jumeaux Terry et Blanca, une demi-sœur, Zinnie, et deux petits adoptés, Beechy et Bun. Martin, qui se rend en Italie pour retrouver Rose Sellars, une amie de longue date qu’il aime et espère épouser, est aussitôt fasciné par le mélange de naïveté et d’aplomb de l’adolescente mi-gamine, mi-madone qui veille farouchement sur sa couvée avec l’aide de Miss Scope, leur fidèle gouvernante. De fil en aiguille, il apprend que ses jeunes compagnons de voyage sont le produit des mariages et divorces successifs de deux de ses anciennes connaissances : Joyce Myrne, un de ses flirts de jeunesse, et Cliffe Wheater, un camarade d’études de Harvard devenu l’« une des grandes vedettes du New York des milliardaires ».

Durant la traversée, Martin s’attache à ces gosses désemparés, ballotés de palace en palace et privés de toute éducation digne de ce nom. Leur désarroi est d’autant plus palpable qu’en dépit de la naissance du petit Chip, le tout récent remariage de Joyce et Cliffe bat déjà de l’aile et Judith n’a qu’une hantise : c’est que, repris par le tourbillon de leur vie oisive et nomade, et surtout peu soucieux de la progéniture qu’ils ont accumulée en cours de route, ses parents ne divorcent à nouveau, dispersant « les Wheater » aux quatre vents. Pris de compassion pour cette fratrie disparate dont le vœu le plus cher est de grandir ensemble sous le même toit, Martin promet de les aider à plaider leur cause dès leur arrivée à Venise. Saura-t-il sauver ces enfants de l’influence délétère de leurs parents irresponsables et frivoles ? Réussira-t-il surtout à concilier ses engagements envers la très distinguée Rose Sellars et la primesautière Judith, dont il s’éprend, mais à son corps défendant ?

Publié en 1928 et tièdement accueilli par la critique, Leurs Enfants connaît un retentissant succès de librairie avant de tomber quelque peu dans l’oubli. Ce roman des Années folles retrouve pourtant aujourd’hui toute son actualité. À travers les regards croisés de Martin, qui a fait toute sa carrière à l’étranger, de Rose, une veuve irréprochable et encore jeune issue de la meilleure société new-yorkaise, de Judith dont la candeur décapante à l’égard des adultes dépasse largement son jeune âge, et de Miss Scope, la gouvernante qui incarne le bon sens et la sagesse populaire, cette histoire menée tambour battant offre une satire cinglante de la société des parvenus américains expatriés en Europe à l’époque du « Jazz Age ». Avec son brio coutumier, ses analyses pénétrantes et son sens aigu de la formule, Wharton brosse le portrait dévastateur de ces arrivistes en mal de reconnaissance sociale, des êtres insignifiants et vulgaires, avides de divertissements et de plaisirs nouveaux, des oisifs consacrant leur fortune aux parties de yachts et de poker, aux cocktails, au foxtrot, aux bains de mer et de soleil, en compagnie de starlettes de cinéma et d’aristocrates tout disposés à épouser de riches roturières.

Née en 1862 dans les plus hautes sphères de la société new-yorkaises, la jeune Edith (née Jones) est éduquée à domicile. Enfant, elle effectue de fréquents séjours avec ses parents en France, en Italie et en Allemagne. À 23 ans, elle épouse Edward Wharton, de douze ans son aîné. (Ils divorceront en 1913). Partageant sa vie entre les États-Unis et l’Europe, elle mène une vie cosmopolite qui lui fera traverser soixante-six fois l’Atlantique. En Angleterre en 1903, elle rencontre Henry James dont elle devient l’amie et la confidente. En 1907, elle s’installe en France où elle acquiert plusieurs propriétés et fréquente les grands écrivains de son époque. En 1916, elle est décorée de la Légion d’honneur pour son soutien (financier, logistique et personnel) à l’effort de guerre français pendant la Première Guerre. Wharton n’accède cependant à la consécration littéraire que tardivement, à partir de la quarantaine, avec Les Heureux de ce monde (1905), Ethan Frome (1912) et L’Âge de l’innocence (1920), qui lui vaut le prix Pulitzer. Elle s’éteint en France en 1937 et repose au cimetière des Gonards à Versailles.

[Sources : French, Marilyn. “Preface,” Edith Wharton’s The Children. London : Virago Press 1985. Lee, Hermione. Edith Wharton. New York : Alfred Knopf 2007.] L’illustration de première page (maquette Isa) reprend La visite du docteur de André-Henri Dargelas.

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