Littérature suisse romande et des régions voisines

Pergaud Louis – La Vie des Bêtes : Psychologie animale

Pergaud Louis - La Vie des Bêtes : Psychologie animales - Bibliothèque numérique romande - Martin Pettitt Profil d'une tête de Renard roux Pergaud Louis – La Vie des Bêtes : Psychologie animale : En préambule du présent recueil, Louis Pergaud présente La Fontaine et la psychologie animale. Grand poète mais moins grand observateur du monde animalier, La Fontaine, à la suite d’Ésope, pour Pergaud,  utilise la fable et les animaux pour mieux critiquer le genre humain.

Suivent plusieurs textes concis et savoureux sur le rire du chien, Toto le chat, Jacquot le geai, le lièvre, l’hirondelle, etc. différents animaux qu’il a pu observer dans son jardin et dans la campagne environnante de sa Franche-Comté natale. Certains chapitres (la vengeance du bouc) nous replongent dans la bande de gosses délurés de La Guerre des boutons.

Le langage est parfois léger, empreint de « rabelaiseries », souvent humoristique et cocasse (le chien satyre), toujours très vivant et poétique. Pergaud est soucieux de rétablir la vérité (la poltronnerie du lièvre, l’hypocrisie du chat) sur ses amis animaux, sans tomber dans la théorie naturaliste, en suivant son bon sens et son amour de l’observation et de l’anecdote. À l’heure d’internet et des documentaires animaliers savants, ces textes réjouissent par leur légèreté et leur sensibilité.

En fin de livre, un roman inachevé, à peine esquissé,  pour nous rappeler que Louis Pergaud, ce pacifiste, lauréat du prix Goncourt de 1910,  est mort très jeune, fauché dans les tranchées de la grande guerre à Verdun en 1915.

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Erckmann-Chatrian – Le Trésor du vieux Seigneur

ERckmann-Chatrian - Le Trésor du vieux Seigneur - Bibliothèque numérique romande - Johannes Aubele Brissach vu du RhinErckmann-Chatrian – Le Trésor du vieux Seigneur : Furbach, le libraire, vit paisiblement à Munich. Digne et respecté, voici qu’une nuit il est réveillé par l’agitation de son cocher. Au petit matin, . Sa vision est précise, détaillée et à la lumière de la lune il a vu un chevalier dont il possède la médaille, une curieuse et ancienne médaille qu’il montre à Furbach. Encore faut-il trouver le château… Un conte de fée pour grandes personnes…

Une des nouvelles des Contes des bords du Rhin dont nous allons publier la suite prochainement.

Erckmann-Chatrian est le nom de plume de deux co-auteurs : Émile Erckmann et Alexandre Chatrian. Réalisme rustique et populaire, Contes de la Forêt-Noire et d’Alsace, font de leurs romans et nouvelles une œuvre attachante.

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Pourtalès Guy de – Deux contes de fées pour les grandes personnes

Pourtalès Guy de - Deux contes de fées pour les grandes personnes - Bibliothèque numérique romande - Sylvie Savary Ciel nocturnePourtalès Guy de – Deux contes de fées pour les grandes personnes : Peut-on être Un disciple d’Épictète lorsque l’on est, à Calcutta, né d’un père portugais et d’une mère hindoue ? C’est pourtant l’aventure intellectuelle de Gualtero qui, après avoir étudié le christianisme et l’hindouisme découvre la philosophie stoïcienne. Dès lors, philosophe errant, il va construire sa propre aventure de Lisbonne à Londres, puis à Paris… Si sa tresse lui procure des auditeurs, le monde s’avère bien décevant pour un stoïcien. Ne lui faudra-t-il pas un prince pour retrouver la terre de son enfance ?

Naine, laide et sourde ! Ainsi Marie Hurteau, La Pauton, essuie quolibets et maltraitance. Paris sera-t-il différent ? Mais les apparences sont trompeuses et la moquerie peut être insidieuse… Peut-on rêver d’amour quand on est « La Pauton » ? Est-ce un crime ou une pitié que de nourrir des illusions ?

Deux contes et deux univers totalement différents, mais un seul fil rouge dans une époque cruelle: celui la désillusion.

Mobilisé durant la 1ère guerre mondiale, Guy de Pourtalès dut mettre sa carrière littéraire entre parenthèses. Seuls Deux contes de fées pour les grandes personnes et À mes amis suisses verront le jour en 1917.

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Erckmann-Chatrian – Le Bourgmestre en Bouteille

Erckmann-Chatrian - Le Bourgmestre en Bouteille - Bibliothèque numérique romande - Bserin Vignes en AlsaceErckmann-Chatrian – Le Bourgmestre en Bouteille : Le vin rouge est bon pour le cœur, dit-on. Cependant, faites attention au lieu où sont plantés les ceps ! Les vignes du « vin-qui-rend-fou » poussent à Cilaos mais le Johannisberg peut cacher, lui aussi, quelques mystères… Car le bourgmestre de Welche était un triste sire, « d’une gravité stupide, ne buvant que de l’eau, n’estimant que l’argent, et ne songeant qu’à étendre ses propriétés », bref, un homme qui prenait plaisir à épier ses employés et qui n’avait l’estime de personne. Paix à son âme !

Mais, au fait, est-il vraiment mort ? Peut-être Hippel et Ludwig, dans leur pèlerinage œnologique, auraient-ils mieux fait de se cantonner au vin blanc. Mais l’auberge dans laquelle ils venaient de passer la soirée était vraiment étrange… Fantastique et humour sont au menu de cette courte nouvelle d’Erckmann-Chatrian.

Erckmann-Chatrian est le nom de plume de deux co-auteurs : Émile Erckmann et Alexandre Chatrian. Réalisme rustique et populaire, Contes de la Forêt-Noire et d’Alsace, font de leurs romans et nouvelles une œuvre attachante.

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Huguenin Oscar – Le Régent de Lignières

Huguenin Oscar - Le Régent de Lignières - Bibliothèque numérique romande - Didier Schürch La vallée des Ponts et de la SagneHuguenin Oscar – Le Régent de Lignières : Le nouvel instituteur du petit village neuchâtelois de Lignières, au pied du Chasseral, est bien sous tous rapports : jeune, instruit, poli, serviable, il est en plus bien accueilli par les notables. Tout semble donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourquoi alors un inconnu lui lance-t-il une pierre qui manque de le blesser sérieusement alors qu’il est en train de corriger des copies le soir dans sa chambre ? Et qui lui en veut au point de lui tirer dessus avec un fusil alors qu’il marche en montagne ? Serait-ce lié à la fille de son hôte ? Grâce à l’un de ses élèves, particulièrement cancre, mais totalement dévoué, parviendra-t-il à résoudre cette énigme ?

Oscar Huguenin est né à la Sagne, en 1842, dans une famille d’horlogers. Doué pour les études et le dessin, il devint néanmoins horloger comme ses parents jusqu’à l’âge de 18 ans. Le pasteur de sa paroisse le décide alors à faire des études d’instituteur. Dès lors, il partage sa vie entre l’enseignement et le dessin, sa passion. Des soucis de santé l’obligent à marquer le pas. Il se plonge dans la lecture : Töpffer, Cooper, Erckmann-Chatrian, Jérémias Gotthelf et surtout Charles Dickens, son auteur favori. Devenu professeur de dessin et installé avec sa famille à Boudry, dans le climat plus clément du bord du lac de Neuchâtel, il étudie les archives de la commune et publie, à 42 ans, son premier roman, l’Armurier de Boudry. Il écrira de nombreux romans décrivant « l’ancien temps », dont l’action est souvent située à la Sagne. La maladie finit par triompher et il décède en 1903.

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Staël Germaine de – Delphine (tomes 4-6)

Staël Germaine de - Delphine 4-6 - Bibliothèque numérique romande - Laura Barr-Wells Cloître albigeoisStaël Germaine de – Delphine (tomes 4-6) : « Un homme doit braver l’opinion, une femme doit s’y soumettre. » Cet avertissement, placé en exergue au roman, érige le conformisme féminin en vertu sociale. La phrase, tirée d’un ouvrage posthume de Madame Necker, résonne avec une urgence particulière dans le deuxième volume de Delphine. Elle n’est cependant pas sans ambiguïté. Car Madame de Staël, qui croit au progrès et défend la cause des femmes, ne saurait souscrire à la sévère maxime de sa mère. Dès lors, en prenant pour sujet le destin tragique d’une héroïne qui ose braver l’opinion, tandis que l’homme qu’elle aime, Léonce, en est l’esclave, l’auteure ne se borne pas à entériner une société fondée sur deux poids, deux mesures ; elle dénonce avec vigueur le caractère répressif d’un système patriarcal qui se perpétue bien au-delà de l’Ancien régime.

Malgré leur passion réciproque, les deux héros ont peu de choses en commun. Delphine, qui a été éduquée par son tuteur dans le respect de la liberté et de l’égalité, selon les principes philosophiques et religieux des Lumières, incarne l’aristocratie libérale, ouverte au progrès et aux idées nouvelles. Léonce, qui a hérité de sa mère espagnole une conception archaïque de l’honneur et un rigide esprit de caste, représente au contraire sa faction la plus rétrograde. La machiavélique Madame de Vernon aura alors beau jeu de détruire leur union pour favoriser celle de sa dévote fille, Mathilde, qu’elle destine au fier et ombrageux Léonce.

À l’opposé de ce personnage taciturne et avide de pouvoir, en qui certains contemporains virent un portait de Talleyrand habillé en femme, Henri de Lebensei, l’ami et conseiller de Delphine, est un pur produit de l’aristocratie éclairée. Ce protestant, éduqué en Angleterre et inspiré en partie par Benjamin Constant, représente le porte-parole politique de l’écrivain. Ses lettres sont de vibrants réquisitoires contre le mariage forcé, les vœux monastiques, l’émigration. Elles touchent ainsi à tous les sujets chers à Madame de Staël, y compris la loi sur le divorce, votée le 20 septembre 1792, mais sévèrement limitée sous le Consulat.

La Révolution, qui n’était encore qu’une lointaine rumeur au début du premier volume, se précise au fur et à mesure que l’on avance dans le roman. On recueille ainsi, au détour des phrases, les échos des événements les plus marquants de l’époque : la fuite et l’arrestation de la famille royale (juin 1791), la saisie des biens des émigrés (juillet 1792), la chute de la monarchie (10 août), les massacres de septembre et l’entrée de l’armée prussienne sur le territoire français. La guerre révolutionnaire, tel un deus ex machina, précipitera en effet le dénouement. Entre la défaite de Verdun, le 2 septembre 1792, et la victoire de Valmy, le 20 septembre, Léonce, qui s’apprête à rallier l’armée des Princes, est arrêté et fusillé comme traître à la patrie. Delphine, trop faible pour le sauver, se suicide. C’est donc tout un monde qui s’écroule à la fin : Léonce meurt parce que les normes politiques et sociales qu’il représente ne sont plus d’actualité ; Delphine, en avance sur son temps, est victime de circonstances contre lesquelles une femme seule n’a pas la force de lutter.

[Sources : Simone Balayé, Madame de Staël, écrire, lutter, vivre (Droz 1994) ; Madame de Staël, lumières et liberté (Klincksiek 1979).]

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Erckmann-Chatrian – Hugues-le-Loup

Erckmann-Chatrian - Hugues-le-Loup - Bibliothèque numérique romande - Tubamirum Hauts de la Schlucht avec arbres gelésErckmann-Chatrian – Hugues-le-Loup : Fritz n’a guère le choix : le vieux Sperver vient le chercher à Fribourg où il exerce la médecine et l’emmène séance tenante. Après une chevauchée dans la neige, les montagnes et les sapins de la Forêt Noire, les voici au château de Nideck, une « château d’embuscade » dont la masse sombre surplombe les environs. Le comte Yéri y souffre d’une étrange maladie qui revient chaque année à la même période, des attaques furieuses qui l’épuisent peu à peu. Le comte suscite l’étonnement de Fritz : « Dès le premier instant, je fus saisi de l’étrange physionomie du seigneur de Nideck et, malgré toute l’admiration respectueuse que venait de m’inspirer sa fille, je ne pus m’empêcher de me dire : « C’est un vieux loup ! » En effet, cette tête grise à cheveux ras, renflée derrière les oreilles d’une façon prodigieuse, et singulièrement allongée par la face ; l’étroitesse du front au sommet, sa largeur à la base ; la disposition des paupières, terminées en pointe à la racine du nez, bordées de noir et couvrant imparfaitement le globe de l’œil terne et froid ; la barbe couurte et drue s’épanouissant autour des mâchoires osseuses : tout dans cet homme me fit frémir, et des idées bizarres sur les affinités animales me traversèrent l’esprit » Fritz est perplexe. S’agit-il d’une sorte de rage, d’une folie ? Étrange château et étranges événements ! Et quel rôle y joue la « Peste Noire » une vieille femme qui vient roder aux alentours du château ? L’horreur va en s’accentuant tout en ne permettant jamais de répondre à notre hésitation : évènements fantastiques ou folie ?

« Ce texte a paru pour la première fois en mai 1859, sous forme de feuilleton dans la revue Le Constitutionnel. Il a eu du succès chez les lecteurs. L’année suivante, ce récit se voit republié en volume, faisant partie du recueil Contes de la Montagne, sorti chez Michel Lévy. Néanmoins, cette nouvelle fera l’objet de nombreuses rééditions en raison de sa popularité générale. Une adaptation de Michel Subiela sera également diffusée à la télévision en 1975. Il s’agit apparemment d’une réussite, souvent citée parmi les meilleures nouvelles de la production fantastique erckmanno-chatriannienne.[…] Erckmann-Chatrian parviennent à créer avec efficacité le suspens nécessaire grâce à des descriptions détaillées. […] L’ambiance fantastique est créée par notre hésitation… » (Klâra Lezatkovâ, L’écriture fantastique d’Émile et Alexandre Erckmann-Chatrian, Brno, 2006, magisterskâ diplomovâ prâce, Masarykova univerzita.)

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Rod Édouard – Luisita

Rod Édouard - Luisita - Bibliothèque numérique romande - Philoude photos prises depuis les Abbesses à EchandensRod Édouard – Luisita : Les Baudruz sont une famille de paysans vignerons d’un petit village de La Côte (rive lémanique entre Lausanne et Genève). Le père, libre penseur, soixante-dix ans « sans plier le dos », mène la ferme – la mieux tenue du village – avec ses deux fils, Pierre et Gaspard des jumeaux bien dissemblables, l’un sage et l’autre un peu tire au flan, un peu buveur, ainsi qu’avec avec la femme de Pierre, Julie. Fiers de leur vin, tous travaillent durement malgré les aléas du travail de la vigne, les intempéries et le développement du phylloxera. Édouard Rod nous décrit la vie d’un village vaudois au siècle passé avec beaucoup de vérité : il y a le pasteur, qui traverse « par raccourci » le champ des Baudruz pour visiter une voisine malade mais ne refuse pas un verre de blanc, le régent (l’instituteur) un jeune venu d’ailleurs et fier de son savoir, le syndic (le maire) qui est à couteaux tirés avec les Baudruz, le facteur et tous les autres… Mais voilà que l’oncle Charles, qui « courrait les cinq partie du monde », vient à décéder dans un hôpital de Buenos-Aires. Que faire alors de l’orpheline, Luisita Baudruz ?

Édouard Rod, né en 1857 à Nyon (originaire de Ropraz), est un écrivain vaudois établi à Paris, ami de Zola, de Maupassant, de Barrès. Critique réputé, Édouard Rod écrit d’abord des romans « naturalistes » à la manière d’Émile Zola puis se dégageant de cette influence, il s’attache à présenter des cas de conscience, des dilemmes moraux. Il est décédé à Grasse en 1910. Un prix Édouard Rod a été fondé en 1996 sous l’impulsion de Jacques Chessex, lui aussi de Ropraz.

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Staël Germaine de – Delphine (parties 1-3)

Staël Germaine de - Delphine (parties 1-3) - Bibliothèque numérique romande - Sliceofbeing Allée dans le parc du Château de CoppetStaël Germaine de – Delphine (parties 1-3) : Lorsque paraît Delphine, en décembre 1802, son auteure est une figure aussi célèbre que controversée. Héritière des Lumières, intellectuelle libérale et républicaine convaincue, l’effervescente Madame de Staël gouverne une partie de l’opinion et fait déjà trembler le pouvoir de sa plume.

D’origine suisse mais Française d’adoption, Germaine de Staël est issue de la grande bourgeoisie protestante. Sa mère, vaudoise et fille de pasteur, tient un salon que fréquentent Diderot, d’Alembert, Lafayette, Talleyrand et bien d’autres. Son père, le Genevois Jacques Necker, fut trois fois ministre des Finances sous Louis XVI et présida au destin de la France au moment le plus critique de son histoire. Brillante, séduisante sans être belle, Germaine, née à Paris en 1766, se révélera une femme de tête autant que de cœur : ses amours orageuses, ses cinq maternités (dont une fille avec Benjamin Constant, née en 1797) ne l’empêcheront jamais de penser ni d’écrire. Bravant les tabous qui interdisent au « beau sexe » de s’adonner à une activité autre que d’agrément, elle inaugure sa carrière de femme de lettres à vingt-deux ans en publiant un essai fort remarqué sur Rousseau. Les ouvrages suivants, qui traitent d’histoire, de philosophie et de littérature, la consacrent comme un écrivain engagé, qui défend les idéaux de la Révolution et dénonce leur détournement sous le Consulat et l’Empire. Son salon, rue du Bac accueille la fine fleur du monde politique et intellectuel, ainsi que les membres de l’aristocratie libérale, dont elle se sent proche socialement et idéologiquement. Dotée d’une forte personnalité et d’une considérable fortune, Madame de Staël ne se contente pas de recevoir le Tout-Paris : elle participe aux débats, traite les hommes les plus haut placés sur un pied d’égalité et défend sans relâche la cause de la liberté.

Delphine, sa première œuvre de fiction, met en relief le conflit tragique entre l’individu et l’Histoire. Publié sous le Consulat, ce roman épistolaire connut un immense succès, tant en France qu’à l’étranger. L’intrigue débute en avril 1790, dans l’atmosphère raréfiée des salons de l’Ancien régime. Nous sommes sous l’Assemblée constituante, dix mois après la prise de la Bastille, et pourtant la partie la plus réactionnaire de l’aristocratie n’a pas encore compris que son monde est voué à disparaître. Ce milieu ultraconservateur, que l’auteure connaissait bien pour l’avoir fréquenté lorsqu’elle accompagnait son père à Versailles, est un univers délétère et semé d’embûches, un lieu où le persiflage et la mesquinerie vont bon train, où l’on s’espionne et s’entredéchire derrière le masque souriant des bienséances.

Seule la belle Delphine, récemment arrivée de province, ne se prête pas au jeu des médisances. Riche, élégante, intelligente, cultivée, mais orpheline et sans expérience de la vie, elle est le portrait idéalisé de l’auteure. En dépit de son jeune âge (20 ans), Delphine est veuve de Monsieur d’Albémar, son tuteur – un homme des Lumières, qui a participé à la guerre d’Indépendance américaine et ne l’a épousée que pour faire d’elle son héritière. Il lui a aussi légué une éducation éclairée qui l’a habituée à penser par elle-même et à se sentir l’égale des hommes, avec qui elle aime causer philosophie, religion, morale et politique. La droiture de Delphine, sa franchise et son mépris des préjugés sont une véritable bouffée d’air frais dans cette société figée et hypocrite. Mais elle apprendra vite à ses dépens que nulle femme, si avertie et vertueuse soit-elle, n’est à l’abri des calomnies.

[Sources : Michel Winock, Madame de Staël (Fayard, 2010) ; Simone Balayé, Madame de Staël, écrire, lutter, vivre (Droz 1994) ; « Introduction », Delphine, Tome I, (Droz 1987) ; Madame de Staël, lumières et liberté (Klincksiek 1979).]

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Monnier Philippe – La Genève de Töpffer

Monnier Philippe - La Genève de Töpffer - Bibliothèque numérique romande - Sylvie Savary La MachineMonnier Philippe – La Genève de Töpffer : Philippe Monnier (1864-1911) était un écrivain amoureux de Genève. Il souhaitait en retracer les moments glorieux, les personnages célèbres de ce début du XIXe siècle où la prospérité fit éclore la vieille cité à de nouvelles destinées. Il donna ainsi une dizaine de conférences, dont les textes ont été réunis dans cet ouvrage. J’ai intitulé ces conférences « La Genève de Töpffer » parce qu’elles ne raconteront ni l’histoire politique, ni l’histoire économique, ni l’histoire religieuse, sociale ou littéraire, mais les mœurs.

1814, Genève déclare son indépendance et devient une ville moderne, ouverte au monde. « Genève est une des capitales du moment, un centre européen. Il y fleurit cet esprit européen que signalait Madame de Staël. » Ouverture d’écoles et de conservatoires, création de sociétés d’utilité publique ou privée (arts, musique, lecture, médecine, histoire, archéologie etc.), émergence des personnalités qui font et feront Genève : Pictet de Rochemont, de Saussure, de Candolle, de la Rive, Naville, Lullin, Eynard, Fazy, Des Arts, Saladin de Budé, Sismondi, Bonstetten. Elle attire les têtes couronnées et les personnages célèbres : Byron, Chateaubriand, Madame Necker, Balzac, Alfred de Musset, Alfred de Vigny, George Sand, Lamartine. Les quartiers historiques que sont la Ville-Haute, la Ville-Basse, le Faubourg St-Gervais changent rapidement, perdant un peu de leur charme désuet. On construit des ponts, des quais, des fontaines, on aménage des places, la ville se développe hors les murs. Ainsi la « Machine » sera construite dans les dernières années de la vie de Töpffer. Une période foisonnante et captivante, que Monnier conte avec délicatesse, érudition et humour.

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