Cingria Charles-Albert – Pendeloques alpestres et Fourmi rouge

Couverture de livre, photo de Anne van de Perre, avec des arbres brumeux en arrière-plan, comportant le titre "Pendeloques Alpestres et Fourmi Rouge" de Charles-André Cingria et une liste des œuvres incluses ainsi que les détails de la publication.

Cingria Charles-Albert – Pendeloques alpestres et Fourmi rouge: Incontestablement Charles-Albert Cingria est un conteur ! Digressif, plein d’anecdotes, oui. Mais il nous narre la vie, la vie de tous les jours. La vie, par exemple, d’un endroit quelconque qui n’a l’air de rien, mais qu’il nous montre beau, humain. Pour lui, tout est dans le regard, l’émotion, l’odeur (le plus « primitif » de nos sens) : « Pour vivre le paysage, il convient d’avoir l’adéquation dans sa capacité de sentir. De humer surtout. Humer le carreau, la douce paille, le fumier violent sur le sol tendrement noir. »

La sensibilité, la vie, l’émotion en font partie : « Vous vous dites : comme c’est parfait un chat assis de cette façon-là au milieu de la verdure ! Vous êtes attendri. Avez-vous besoin de comprendre pourquoi vous êtes attendri ? Des solutions autres, il n’y en a aucune. » Plus que les grands monuments, ce sont les petits événements de la vie que Cingria nous fait connaître : une rencontre au bord du canal ou un bistrot populaire où il brille par ses réparties et ses fantaisies, même si le vin n’y est guère de qualité. Cycliste assidu, vagabond de bords de rivières et quelque peu machiste, il hante les troisièmes classes, les sentiers ou chemins de halage plus ou moins carrossables et les bibliothèques publiques.

Recomposé, le présent ouvrage, basé principalement sur La Fourmi rouge et autres écrits (1978), ne reprend pas « L’Eau du troisième millénaire » dont une version révisée (Comte des formes) a déjà été publiée dans Bois sec Bois vert. Par contre il ajoute Pendeloques alpestres (version Guilde du livre 1941) où l’auteur nous propose une autre narration de la montagne : après une montée au « sanctuaire de Heiligenkreutz, en suivant un guide qui voit derrière lui sans se retourner, comme le diable » (Jaton), les voyageurs y rencontrent touristes et pèlerins. « Le seize juillet » nous emmène dans le quotidien d’une balade entre une rencontre avec un Anglais en manque de feu et celle, plus renversante, d’un abbé bibliophile. Avec « Brumaire savoisien », ce paysage qui « existe déjà en tant qu’aventure ou intrigue végétale » cache sous les blés une ancienne route qui servit aux Savoyards pour l’Escalade de Genève.

Né et décédé à Genève (1883-1954), le futur « aventurier de l’écriture » (Corbellari) qui aimait à se définir comme « italo-franc(o)— levantin » (id.), commence par la musique avant de s’intéresser à la littérature. Lorsqu’il a 24 ans, ses amis décident sans l’avertir de publier l’une de ses lettres au vu de sa qualité. Succès. Établi à Paris, l’écrivain naîtra vingt-trois ans plus tard, après une arrestation de trois mois en Italie liée à son homosexualité, mais restera inclassable dans son mélange des genres, passant du passé au présent, déroutant par son écriture et son art de conteur émaillé de digressions volontaires. Mais, à Paris, l’ex-dandy cosmopolitain d’avant-guerre vit dans un deux-pièces étriqué, avec son vélo suspendu au plafond et un corbeau mort dont il utilise les plumes. Ce petit homme un peu replet, aux tenues extravagantes, « a l’air d’un clown ou d’un prêtre défroqué », observe Henry Miller. Il fréquente les plus grands, Cendrars, pour un temps, Ramuz, Artaud, Desnos, Cocteau, Satie, Paulhan et Max Jacob (qui s’écriait : « Il me raconte des histoires splendides et j’ai l’indélicatesse de prendre des notes […] Car le pauvre laisse pourrir ses perles… ») mais les quitte sans cesse pour ses escapades (Walzer). Il décède en 1954 à Genève.

[Sources : Corbellari, Alain. « Un aventurier de l’écriture », in National, Blog sur l’histoire suisse, version du 06.2021 ; Courten (de), Maryke. “Charles-Albert Cingria in Roger Francillon (dir.). Histoire de la littérature en Suisse romande, t. II (Lausanne : Payot, 1997, cité par l’Association des amis de Charles-Albert Cingria) ; Jaton, Anne-Marie. « Postface » in Cingria, Charles Albert. Pendeloques alpestres (Genève : Mini Zoé n° 51, 2001) ; Walzer, Pierre-Olivier. « Préface » in Cingria, Charles Albert. La Fourmi rouge et autres textes (Lausanne : L’Âge d’or, 1978).]

La couverture reprend le détail de la photo Brumes et Soleil, de Anne van de Perre, maquette Laura Barr-Wells.

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4 réflexions sur “Cingria Charles-Albert – Pendeloques alpestres et Fourmi rouge”

  1. Bonjour à toute l’équipe,

    Je m’interroge sur le nom de l’auteur… Cingria Charles-Albert ou Cingria Charles-André ⁉.

    Bien à vous.

    1. Bonjour et merci beaucoup pour cette remarque. Le prénom de Cingria est bien Charles-Albert.
      Nous allons remédier à cette anomalie dans les jours qui suivent.

  2. Bonjour,

    Depuis quelques temps les fichiers HML contiennent les caractères « –> » en haut et à gauche de la page.

    Dans le code source au départ on trouve « –> ».

    Bien cordialement.

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