Littérature suisse romande et des régions voisines

Tritten Charles – Heidi Jeune Fille

Heidi Jeune Fille - Charles Tritten - Bibliothèque numérique romande - photo Laura Barr-Wells Pâturage hauts de ChandolinTritten Charles – Heidi Jeune Fille : Heidi a quitté l’alpe et son petit village pour aller parfaire son instruction aux Aubépines, un pensionnat de Lausanne, où elle côtoie d’autres jeunes filles de son âge, notamment Jamy, adolescente éternellement triste. Elle progresse dans toutes les matières, et joue de mieux en mieux de son violon, grâce à l’enseignement de M. Rochat. Après un an de scolarité, elle passe d’abord le début de ses vacances au pensionnat, puis, en compagnie de son amie Jamy, elle séjourne tout un mois à Dörfli, accueillie avec amour par son parrain et son grand-père.

Quelques années plus tard, devenue institutrice, elle est nommée à l’école de Hinterwald, un petit hameau alpestre isolé, dont les habitants vivent « dans la misère et les privations ». Va-t-elle réussir à s’y imposer, voire à « éduquer une horde d’enfants à demi-sauvages » ?

Si les lecteurs pourront s’émerveiller devant la splendeur des paysages alpins et les couleurs merveilleuses d’une flore inconnue aux habitants des plats pays, ils auront l’occasion aussi de retrouver, en partie du moins, la candeur de leur âme d’enfant. Quel plus beau cadeau dans notre monde d’aujourd’hui empli de bruit et de fureur ?

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Monnet Louis – Voyage de Favey et Grognuz

Voyage de Favey et Grognuz - Louis Monnet - Bibliothèque numérique romande - Chromolithographie exposition universelleMonnet Louis – Voyage de Favey et Grognuz ou deux paysans vaudois à l’Exposition universelle de 1878 à Paris : L’exposition universelle de 1878 ! Pourquoi ne pas y faire un saut ? Mais dans le train de Paris, il y a Favey et Grognuz des paysans du Gros-de-Vaud. Ils vont «pedzer» le narrateur dans la Ville Lumière: exotisme vaudois garanti ! Un récit de voyage ? Un émerveillement pour la Ville Lumière ? Surtout, l’Aventure avec un grand A de deux paysans vaudois, jamais sortis de leur coin de pays, qui montent à Paris en 1878. Hilarant et délicieux récit d’un choc de cultures, fait de découvertes bizarres, de rencontres loufoques et de situations rocambolesques. On visite en même temps que Favey et Grognuz le Paris fastueux des Champs-Élysées et des grands boulevards, mais aussi le Paris populaire des Halles … et des bals. Mais on (re)découvre avant tout ce savoureux patois aux mots « bien de chez nous », qui expriment tout le charme du terroir du Pays de Vaud, et la richesse, l’humour d’une langue un peu trop vite oubliée.

Louis Monnet (1831-1901) est né dans une famille d’agriculteurs près de Cossonay en Suisse. Il se destine à l’enseignement mais découvre rapidement qu’il n’est pas fait pour ce métier. Après un court séjour à Paris, comme employé de librairie, il revient à Lausanne où il ouvre une librairie et devient fonctionnaire de l’administration cantonale. En 1862 il crée avec Louis Favrat la revue Le Conteur Vaudois ; consacrée à des histoires et anecdotes locales et populaires, au patois vaudois, aux innovations et développements de l’agriculture et de l’industrie, on y trouve les signatures d’écrivains vaudois connus, des pasteurs et des intellectuels comme Alfred Cérésole. (Source de la biographie : Wikipédia).

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Rambert Eugène – Les Alpes suisses (2ème série)

Les Alpes suisses (2ème série) - Eugène Rambert - Bibliothèque numérique romande - photo Sylvie Savary Les Dents du MidiRambert Eugène – Les Alpes suisses (2ème série) : Berceau de la nation helvétique et haut lieu du tourisme international, les Alpes suscitent dès le 18e siècle un regain d’intérêt, tant auprès des savants et lettrés que des voyageurs avides de sensations fortes. Les Alpes suisses, d’Eugène Rambert (1830-1886), paru en cinq séries entre 1865 et 1875, en est un vivant témoignage.

Publiée en 1866, la deuxième série est un volume tout en contrastes. Le premier essai examine le mythe des Alpes, lequel s’élabore entre la fin du 18e et la fin du 19e siècles, durant cette période de mutation où le pays, en voie d’industrialisation et d’urbanisation, peine encore à se reconnaître dans sa modernité. Face à l’instabilité politique et sociale qui menace son unité, la Suisse officielle présente les Alpes non seulement comme le cœur de l’identité nationale, mais comme un « bien commun qui transcende la diversité des langues et des histoires cantonales »*. Ainsi, la Suisse et, en particulier, les habitants de ses vallées alpines, vues comme des refuges peu accessibles de l’extérieur, pourraient-ils être à l’origine du fédéralisme helvétique et de l’idée de liberté. Pourtant, les Alpes, situées au centre de l’Europe, furent plutôt un lieu de circulation entre nord et sud. Isabelle de Montolieu (1751-1832) décrit, dans « Les Châteaux suisses » (publiés par la BNR), les relations profondes et multiples qui existèrent, au Moyen-Âge, entre la Suisse romande et ses voisins. De même Marie Trolliet (1831-1895) narre, parmi ses nouvelles (publiées par la BNR), les aventures des bergers d’alpages valaisans allant faire leurs courses dans les villes de l’Italie du Nord et passant par de nombreux cols aujourd’hui tombés en désuétude.

Si Eugène Rambert reprend à son compte certains thèmes de ce discours fédérateur, il n’en épouse pas tous les clichés et récuse notamment avec vigueur toute idée de relation intrinsèque entre la nation et la nature, chère à la pensée déterministe de son temps : « La liberté, affirme-t-il sans ambages, est fille de l’homme, et elle n’a dans la nature ni gage ni symbole, pas plus que la science, pas plus que la vertu. La liberté ne se donne ni ne se reçoit ; elle s’acquiert. »

Les textes suivants, d’une teneur très variée, reflètent l’approche libre et imaginative de l’auteur vis-à-vis de son vaste sujet. La deuxième partie du livre comprend ainsi : un pittoresque récit de chasse au chamois dans les Alpes vaudoises ; une nouvelle attachante sur la vie misérable d’un chevrier valaisan, ainsi qu’une étude topographique détaillée de la Dent du Midi, dans laquelle l’auteur nous narre de manière vivante les péripéties de ses ascensions, en particulier celle de la « résistante » Cime de l’Est, et fait preuve de son immense talent d’observation. En guise de conclusion, Eugène Rambert, soucieux de préserver tous les aspects d’une culture alpine en voie de disparition, offre à ses lecteurs la transcription d’une chanson en patois vaudois, assortie de notes et d’une traduction.

*Gilles Rudaz et Bernard Debarbieux, La Montagne suisse en politique (Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2013), 15.

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Montolieu Isabelle – Les Châteaux suisses (tome 2)

Les Châteaux suisses tome 2 - Isabelle de Montolieu - Bibliothèque numérique romande - photochrome du Château de ChillonMontolieu Isabelle – Les Châteaux suisses (tome 2) : À nouveau, laissez-vous emmener, avec Arthus – parti à la guerre pour mériter sa belle – à la cour du roi Lothaire à Laon ! Bien qu’Arthus refuse la royauté de France que ses soldats lui offrent, il revient chargé d’honneur pour trouver sa promise mariée au seigneur de La Sarraz… Mais sa cousine Isaure pourrait-elle devenir la reine de France ? Les « Chevaliers à la Cuillère » de Montricher ou de Château Gaillard veulent abattre la puissance de Genève. Adrienne, qui se bat pour Genève sous des habits de garçon, est faite prisonnière et confiée au fils de son ennemi. Mais la guerre continue entre les deux pères… Ermelinde, la fille du seigneur des Clées, a épousé en secret un ennemi, le seigneur de Lucens. Pour éviter le mariage avec un vieux barbon, Ursule de Weissenbourg s’enfuit avec l’aide d’un moine. Ils découvriront une source qui guérit. Charles le téméraire, duc de Bourgogne, intrigue pour épouser Élisabeth, la fille du seigneur de Grandson et se débarrasser, au passage, de son ami le comte de Romont. Tout cela finira mal ! … La suite des rebondissements et péripéties des histoires d’amour ou d’ambition des habitants des châteaux suisses d’autrefois.

Isabelle de Montolieu naquit à Lausanne en 1751, et fut mariée de très bonne heure à Benjamin de Crousaz. Veuve à vingt-quatre ans, elle épousa le baron de Montolieu, réfugié languedocien, qui mourut à son tour au bout de cinq années. Pendant son premier veuvage, elle avait écrit un roman, Caroline de Lichtfield, dont le succès fut considérable. Elle se consacre, dès le décès de son second mari, presque entièrement à la littérature. Elle est l’auteur de nombreux romans et de la première adaptation française, très populaire, du Robinson Suisse. Elle meurt, octogénaire, en 1832.

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Dumur Louis – Un Coco de Génie

Un Coco de Génie - Louis Dumur - Bibliothèque numérique romande - Félix Vallotton Château Gaillard aux AndélysDumur Louis – Un Coco de Génie : Un poète ! Un poète local qui lit ses œuvres dans les soirées mondaines de la petite ville… Les gens sourient de cette lubie, et ricanent de ce Charles Loridaine, un fils de grainetier qui a des ambitions artistiques. Pathétique ? Non, car ses vers sont excellents. C’est du moins l’avis de Frédéric Loiseau, un parisien, venu faire un séjour de convalescence chez son cousin et invité en société. Mais il leur trouve d’étranges réminiscences… Suffisamment pour éveiller sa curiosité et se lancer dans une enquête discrète. La réalité sera bien différente du plagiat qu’il soupçonne !

Comment fonctionne l’inspiration ? Qu’est-ce que le génie ? Où commence la folie ? Louis Dumur nous propose une réflexion originale servie par une intrigue pleine d’humour. La création littéraire ne serait-elle pas venue d’ailleurs comme l’écrit Dumur ? « Qui sait si les hommes de génie ne sont pas […] les somnambules d’œuvres écrites de toute éternité, existant déjà dans d’autres planètes ou dans d’autres mondes, peut-être, que nous ne soupçonnons pas !.. ».

Une écriture remarquable, des paysages, des descriptions et des caractères vivants. Un délice…

Louis Dumur (1860-1933) né à Genève et « monté » à Paris fut le fondateur avec Alfred Vallette du nouveau « Mercure de France ».

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Montolieu Isabelle – Les Châteaux suisses (tome 1)

Les Châteaux suisses tome 1 - Isabelle de Montolieu - Bibliothèque numérique romande - photo Château d'Oron Francis ChaurelMontolieu Isabelle de – Les Châteaux suisses (tome 1) : Laissez-vous transporter au Moyen-Âge au temps de la reine Berthe, parmi les châteaux, les tournois, les jugements de Dieu, les luttes féodales … et les histoires d’amour !

Oyez l’histoire d’Agnès et Blanche, réfugiées dans les grottes de Lindenthal, qui soignent Péter de Thorberg. Celui-ci devient amoureux, mais non moins cruel… Assistez aux efforts des moines pour dépouiller le jeune Walter de Hallwil parti à Jérusalem.  À Vufflens, le saviez-vous ? les quatre tourelles du château tiennent enfermées la belle Ermance et ses filles car Grimoald, le duc Azzoni, ne lui pardonne pas de ne pouvoir mettre au monde un fils. Écoutez la triste histoire d’Archibald, le tyrannique seigneur d’Aigremont : ses sujets, les habitants de la vallée des Ormonts, se sont révoltés et ont incendié le château. Les jeunes chevaliers Henri de Blonay et Berthold du Châtelard, emprisonnés pour avoir tenté de libérer la jeune Éléonore de son père et libérés par cette révolte, vont tomber amoureux à leur tour des prisonnières des tourelles de Vufflens. Participez aux joutes de Blonay où Thiéry de La Sarraz et Aymon de Glérolles s’affrontent en l’honneur des quatre jeunes filles libérées. Ni Gizèle ni Isaure ne sont insensibles. Un Moyen-Âge qui, loin d’être de pacotille, vous entraînera dans ses péripéties et leurs rebondissements…

Isabelle, baronne de Montolieu naquit à Lausanne en 1751, et fut mariée de très bonne heure à Benjamin de Crousaz. Veuve à vingt-quatre ans, elle épousa le baron de Montolieu, réfugié languedocien, qui mourut à son tour au bout de cinq années. Pendant son premier veuvage, elle avait écrit un roman, Caroline de Lichtfield, dont le succès fut considérable. Elle se consacre, dès le décès de son second mari, presque entièrement à la littérature. Elle est l’auteure de nombreux romans et de la première adaptation française, très populaire, du Robinson Suisse. Elle meurt, octogénaire, en 1832.

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Pourtalès Guy de – Louis II de Bavière

Louis II de Bavière - Guy de Pourtalès - Bibliothèque numérique romande - photochrome du château de Neuschwanstein anonymePourtalès Guy de – Louis II de Bavière ou Hamlet-Roi : Louis II de Bavière, roi déclaré fou et interné à 41 ans… Une figure romantique qui fascine encore.

Dans cette biographie de Guy de Pourtalès, qui écrivit celles de Wagner, Liszt et Chopin, vous assisterez aux exaltations d’un jeune homme passionné de Lohengrin (auquel il s’identifie), de Tannhäuser et de la musique de Wagner. Il en devient le mécène et lui voue un culte, une passion ardente qui restera, pourtant, platonique.

Avec les années et la perte de Wagner, son idéal, ses engouements se transforment en obsessions. Le roi, de la maison Wittelsbach comme sa cousine Elisabeth d’Autriche, la seule femme qu’il semble avoir aimée, est mélancolique et souffre d’avoir à s’occuper des « fadaises d’état ». Amoureux des arts, bâtisseur passionné, il dépense l’argent à flots pour ce et ceux qu’il aime. Peu à peu, il sombre, vivant reclus jusqu’à sa mort, en 1886, dans des circonstances obscures, près du château de Berg où il était interné.

Les châteaux, précisément, furent sa passion. Si l’on ne compte pas l’opéra de Bayreuth, il en fait construire plusieurs – Hohenschwangau, Herrenchiemsee, Neuschwanstein… – inspirés du Grand-Siècle français, mais dans lesquels il ne séjourne que fort peu. Louis II ne se plaît que dans une vie hors de la réalité. Profondément tourmenté et misanthrope, il la fuit en promenades et en imaginations nocturnes. Le parallèle avec Hamlet, en sous-titre de cette biographie, jamais explicité dans le texte, se révèle cependant peu à peu dans toute son étendue.

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Combe T – La Fortune de Luc

La Fortune de Luc - T Combe - Bibliothèque numérique romande - image, carte postale anonyme du Boulvard Léopold-RobertCombe T – La Fortune de Luc : Luc s’occupe d’un petit train de campagne dans le Jura neuchâtelois auprès d’un père horloger ombrageux et autoritaire, d’une mère aimante et douce et d’une cousine, Claire, dont il est amoureux. Mais il n’est pas satisfait, il est ambitieux, fougueux, il veut gagner de l’argent et partir à la découverte de la ville, La Chaux-de-Fonds. Il s’en va donc, pour livrer des montres de son père et son charme enthousiaste opère : le patron l’engage, la fille de son patron le trouve à son goût et son chef d’atelier devient un véritable ami.

Pendant ce temps, Claire sent son cousin et fiancé lui échapper, elle est jalouse, et sait que Luc est en train de céder aux tentations. Luc va-t-il revenir vers sa cousine ou va-t-il céder aux éblouissements de la richesse et de la fille du patron ?

Histoire bien menée par l’auteure, sensible aux différentes facettes du caractère des femmes… et des hommes, laissant planer le suspense sur les amours et les désirs profonds de ces jeunes gens, et décrivant très habilement la vie des montagnes neuchâteloises, ses ateliers d’horlogerie, ses fermes isolées et ses hivers rigoureux.

T. Combe est le pseudonyme d’Adèle Huguenin-Vuillemin. Née au Locle, en 1856, dans une famille d’horlogers, elle fut institutrice à 16 ans. C’est pour compléter son revenu qu’elle se mettra à écrire à 21 ans, avec succès.  Elle séjournera à Londres puis à Paris. Revenue en Suisse, elle sera une écrivaine et conférencière renommée, chrétienne, féministe, militante contre l’alcoolisme. Elle adhérera, à 57 ans, au parti socialiste (favorable au suffrage féminin). Elle décède dans sa maison des Brenets à 77 ans en 1933.

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Rambert Eugène – Les Alpes suisses (1ère série)

Les Alpes suises 1 - Eugène Rambert - Bibliothèque numérique romande - photo Sylvie SavaryRambert Eugène – Les Alpes suisses (1ère série) : Objet d’engouement indissociable de l’identité suisse, les Alpes, telles qu’on les envisage aujourd’hui, auraient été « inventées » au Siècle des Lumières, au moment où poètes et philosophes (Haller, Rousseau, Burke, Kant et Goethe, parmi d’autres) posent un regard nouveau sur la nature et introduisent dans l’esthétique européenne les notions de sublime et de pittoresque. Réputées jusqu’alors sauvages et inhospitalières, les Alpes se muent en paysages (Walter 94-97*) et deviennent bientôt une étape obligée du Grand Tour, offrant aux jeunes gens des élites britanniques et continentales des 18e et 19e siècles le spectacle grandiose de leurs panoramas. En réalité, comme le démontre notamment Claude Reichler**, cette thèse, encore très en vogue, mérite d’être nuancée. Car les Alpes ont toujours attiré les voyageurs, et ce bien avant le 18e siècle. Si certains n’y voient qu’un monde effroyable et monstrueux (Lescarbot, 1618, in Walter 91), d’autres – des intellectuels et savants sans doute plus hardis et plus éclairés – en ramènent des écrits richement illustrés (Reichler 2013) qui témoignent de l’intérêt continu que suscite, depuis la Renaissance, ce haut-lieu de l’imaginaire helvétique.

Les Alpes suisses, d’Eugène Rambert (1830-1886), s’inscrit dans le droit-fil de ce mouvement d’appropriation culturelle et scientifique du massif alpin qui fleurit particulièrement aux 18e et 19e siècles. L’œuvre, dynamique dans sa diversité, est celle d’un érudit et d’un curieux qui fut à la fois professeur (il donna son nom à un prix littéraire), poète, essayiste, naturaliste et grand amateur d’altitude. L’ouvrage, écrit d’une plume alerte et enjouée, fut publié en cinq séries entre 1864 et 1875. Malgré son ampleur encyclopédique, l’ensemble, quelque peu disparate, reste très accessible, car l’auteur a soin de mettre ses connaissances du terrain à la portée de son public citadin et sait faire partager à ses lecteurs sa ferveur d’alpiniste.

La première série, publiée en 1865, s’ouvre sur un petit essai (Les plaisirs d’un grimpeur) dans lequel Rambert se plaît à comparer l’alpinisme aux jeux de hasard. Vient ensuite le compte-rendu d’une exploration du massif glaronnais des Clarides. Nous sommes loin du tourisme pédestre d’aujourd’hui. L’escalade se fait à la force des bras et des jarrets, et à l’aide de cartes encore très incomplètes, mais les récompenses n’en sont que plus mémorables. Le texte suivant, une petite nouvelle (Les Cerises du vallon de Gueuroz), nous transporte dans la vallée du Trient et décrit à grands traits les dures conditions de vie des flotteurs de bois. Le partie principale du volume s’achève sur une étude de la flore alpine, dont on appréciera tant l’ampleur que la verve poétique : « La nature, écrit Rambert non sans humour, était en veine de romantisme, quand elle a marié à l’immobilité du sapin la joyeuse coquetterie du hêtre. […] Les jeunes sapins […] sont faits pour vivre en société et se prêter assistance. Aussi l’intérêt général l’a-t-il emporté sur les fantaisies de l’humeur individuelle. Tous prennent la forme qui convient le mieux à tous ; aucun ne dévie du type. Les nécessités d’une lutte en commun ont imprimé à la race entière un instinct d’ordre et de discipline. » Existe-t-il au monde essence plus helvétique que le sapin ? Enfin Eugène Rambert revient sur l’accident de Whymper lors de la première ascension du Cervin avec un plaidoyer pour le maintien de la « cordée » dans l’alpinisme.

( *François Walter, « La montagne des Suisses. Invention et usage d’une représentation paysagère (XVIIIe-XXe siècles) », Études rurales, 1991, Volume 121, Numéros 121-124, 1991. De l’agricole au paysage, pp. 91-107. [Consulté en ligne le 16 juillet 2015.], **Claude Reichler, Les Alpes et leurs imagiers. Voyage de l’histoire du regard. [Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2013], 27.)

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Chambrier Alice de – Poésie, Éloge de Lamartine

Poésie, Éloge de Lamartine - Alice de Chambrier - Bibliothèque numérique romande - photo Sylvie Savary Lac Léman et le GrammontChambrier Alice de – Poésie, Éloge de Lamartine : Une jeune fille gaie et enjouée qui participe à la vie sociale qu’implique la position de sa famille et qui trouve le temps d’aider discrètement autour d’elle…. Mais cette jeune fille est aussi une passionnée d’écriture et de poésie. Elle vole, pour cela, des instants de travail, note discrètement des vers dans un carnet, corrige, recorrige et retravaille ceux-ci pour, quand ils lui conviennent enfin, les recopier dans un cahier recouvert de peluche. Pour les publier ? Non ! Elle s’est fixé pour règle de ne rien considérer d’achevé avant d’avoir atteint ses trente ans. Un coma diabétique l’emporte à 21 ans…

En cinq années depuis l’âge de 17 ans, alors qu’elle est au pensionnat (où elle écrit L’Atlantide), elle compose 175 poèmes (près de 15’000 vers), quatre nouvelles en prose (Belladonna et autres contes publiées par la BNR), deux romans (dont le Châtelard de Bevaix publié par la BNR), trois tragédies, deux drames (dont l’un, inachevé), trois comédies, une saynète, etc.

Si l’inexpérience de cette jeune auteure est quelquefois sensible, s’il ne faut pas oublier qu’elle se promettait de retravailler encore son œuvre, la facture des vers reste aiguisée, plusieurs de ses poèmes sont magnifiques et touchants, et l’idéalisme de la jeune fille emporte l’émotion. Chez cette admiratrice de Victor Hugo le lecteur percevra çà et là l’influence de La Légende des siècles, comme dans le poème en six chants intitulé La Nuit du Désert, une rêverie fantastique et obscure, mais d’autres poèmes, d’une simplicité dépouillée comme « J’aurai vingt ans demain », sont le fruit d’une créativité et d’une sensibilité émouvantes.

L’Éloge de Lamartine, écrit pour le concours de l’Académie française, fut le fruit d’un travail acharné dans lequel elle recomposa trois fois son œuvre. « Quel dommage, disait-elle, que ce ne soit pas Victor Hugo! » L’évocation de Lamartine apaisant l’émeute mérite cependant la lecture.

(Cette présentation s’inspire largement de la préface de Philippe Godet au recueil posthume des œuvres d’Alice de Chambrier, « Au-delà » qu’il publia en 1883. Nous réaliserons prochainement la retranscription numérique de ce recueil.)

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